<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><feed xmlns="http://www.w3.org/2005/Atom" ><generator uri="https://jekyllrb.com/" version="4.1.1">Jekyll</generator><link href="/feed.xml" rel="self" type="application/atom+xml" /><link href="/" rel="alternate" type="text/html" /><updated>2026-05-06T10:09:50+02:00</updated><id>/feed.xml</id><title type="html">Sittelle arboriste</title><subtitle>Taille, haubanage, démontage d&apos;arbres à Saint-Girons et alentours.</subtitle><author><name>Sophia Karpenko</name></author><entry xml:lang="fr"><title type="html">Qu’est-ce qu’on mange au lac de Constance ? pte.2</title><link href="/fr/bodensee-felchen/" rel="alternate" type="text/html" title="Qu’est-ce qu’on mange au lac de Constance ? pte.2" /><published>2023-02-25T20:49:00+01:00</published><updated>2023-02-25T20:49:00+01:00</updated><id>/fr/bodensee-felchen-FR</id><content type="html" xml:base="/fr/bodensee-felchen/">&lt;h2 id=&quot;histoires-décologie-du-lac-de-constance-ii2&quot;&gt;Histoires d’écologie du lac de Constance II.2&lt;/h2&gt;

&lt;h3 id=&quot;der-bodensee-ein-flechensee&quot;&gt;Der Bodensee, ein Flechensee?&lt;sup id=&quot;fnref:trad&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:trad&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Bon, alors c’est la crise, &lt;a href=&quot;/fr/bodensee-fishing/#baisse-rendement&quot;&gt;y a plus de lavarets dans le lac de Constance&lt;/a&gt; !&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour comprendre ce qu’il se passe actuellement, il faut encore une fois regarder vers le passé et observer les dynamiques des évolutions à long terme.&lt;/p&gt;

&lt;div class=&quot;img-with-text&quot; style=&quot;float:none&quot; align=&quot;center&quot;&gt;
&lt;img src=&quot;/images/bodensee/felchen.jpg&quot; alt=&quot;Blauelchen&quot; title=&quot;Blaufelchen&quot; width=&quot;500px&quot; /&gt;
&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;
&lt;span class=&quot;legende&quot;&gt;Lavaret du lac de Constance, &lt;i&gt;C. wartmanni&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Blaufelchen&lt;/i&gt; (all.)&lt;br /&gt;(source : &lt;a href=&quot;https://lazbw.landwirtschaft-bw.de/pb/site/pbs-bw-new/get/documents/MLR.LEL/PB5Documents/lazbw_2017/lazbw_ffs/Dokumente_ffs/Bodensee/Bodensee-Fischarteninventar.pdf&quot; style=&quot;color: #D67A00&quot;&gt;LAZWB&lt;/a&gt;)&lt;/span&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;blockquote&gt;
  &lt;p&gt;&lt;u&gt;Fiche d&apos;identité du &lt;b&gt;lavaret du lac de Constance&lt;/b&gt;&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;b&gt;catégorisation.&lt;/b&gt; Fait partie de la “super-espèce” &lt;i&gt;Coregonus lavaretus&lt;/i&gt; (lat.), &lt;em&gt;Felchen&lt;/em&gt; (allemand) &lt;br /&gt;&lt;u&gt;3 (sous-)espèces&lt;/u&gt; : &lt;em&gt;wartmanni&lt;/em&gt; (Blaufelchen), &lt;em&gt;macrophtalmus&lt;/em&gt; (Gangfisch), &lt;em&gt;arenicolus&lt;/em&gt; (Sandfelchen) &lt;br /&gt;&lt;u&gt;1 espèce éteinte&lt;/u&gt; : &lt;em&gt;gutturosus&lt;/em&gt; (Kilch) qui a succombé à l’eutrophisation du lac vers 1970&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;b&gt;biologie.&lt;/b&gt; &lt;small&gt;Lacustre, pélagique (qui vit au large, dans les eaux profondes), généralement à 0-40 m pendant l’été.&lt;br /&gt;Se nourrit de plancton et d’insectes, des alevins de la perche en été.&lt;br /&gt;Remonte en surface pour se reproduire. Se reproduit pour la première fois à 2-3 ans et dans la première moitié de décembre, lorsque la température descend en dessous de 7˚C. Les mâles s’agrègent à la surface et les femelles prêtes à frayer viennent des eaux plus profondes pour rejoindre ces agrégations. Les œufs tombent au fond et éclosent en mars. Les larves remontent à la surface et commencent à se nourrir après 8 jours.&lt;/small&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Comme abordé dans la &lt;a href=&quot;/fr/bodensee-eutrophication/&quot;&gt;première partie de ces histoires d’écologie&lt;/a&gt;, le lac de Constance a été le sujet d’un épisode d’eutrophisation dans la deuxième moitié du siècle dernier. C’était loin d’être un cas à part : on balance nos eaux usées dans les lacs, les mers et les cours d’eau depuis des siècles, ça a juste pris des proportions massives après la seconde guerre mondiale. Il s’en est sorti ré-oligotrophié notre &lt;em&gt;Bodensee&lt;/em&gt;, mais les effets sur l’écosystème sont en fait bien plus complexes que la seule extinction d’une espèce de lavaret (&lt;a href=&quot;/fr/bodensee-eutrophication/#ecologie&quot;&gt;voir I&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les dégradations d’écosystèmes ne commencent généralement à nous poser problème que lorsque celles-ci ont un impact économique. Et les données qu’on enregistre reflètent ce biais. Autour de la période d’eutrophisation du lac de Constance, on a accès aux rendements de pêche de chaque année depuis au moins 1910 (voir graphique ci-dessous). Mais on connaît moins le destin d’espèces qui ne sont pas économiquement intéressantes.&lt;/p&gt;

&lt;div class=&quot;img-with-text&quot; style=&quot;float:none&quot;&gt;
&lt;img src=&quot;/images/bodensee/yields.png&quot; alt=&quot;Evolution des rendements de poisson sur le lac de Constance&quot; title=&quot;Evolution des rendements de poisson sur le lac de Constance&quot; /&gt;
&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;
&lt;span class=&quot;legende&quot;&gt;Évolution des rendements de poisson dans la partie supérieure du lac de Constance&lt;br /&gt; (adapté de &lt;a href=&quot;http://toobigtoignore.net/research-highlights-1/e-book-inter-sectoral-governance-of-inland-fisheries/&quot; style=&quot;color: #D67A00&quot;&gt;&lt;i&gt;Baer et al. (2017)&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; avec les données supplémentaires de l&apos;&lt;a href=&quot;https://www.ibkf.org/wp-content/uploads/2022/06/IBKF-2022_Gesamtbericht.pdf&quot; style=&quot;color: #D67A00&quot;&gt;&lt;i&gt;IBKF (2022)&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/span&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;p&gt;Les barres du graphique montrent l’évolution du rendement de pêche de la partie supérieure du lac de Constance — c’est surtout là qu’on trouve nos poissons pélagiques. Les barres bleues nous intéressent particulièrement, puisqu’il s’agit de la quantité de lavaret pêché. En parallèle, y est représentée (en jaune-orange) l’évolution du taux de phosphore mesuré dans le lac, dont on observe un pic, correspondant à la période d’eutrophisation. Et enfin, on y voit le nombre maximal de licences de pêche délivrées par an, qui décroît depuis 1934. Lorsqu’on s’intéresse à l’évolution globale des rendements, on observe un pic (ou plutôt une petite colline) au même moment que le pic de phosphore, mais plus large. Si on regarde plus particulièrement celui du lavaret, c’est un peu moins clair. Après une augmentation vers la fin des années 1950, le rendement s’effondre et est instable avec des successions d’années de rendement faible ou très élevé, et ce jusqu’à la fin des années 1990, lorsqu’il semble se stabiliser et décroître jusqu’à aujourd’hui.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors, qu’est-ce qu’il s’est passé ? L’eutrophisation c’est censé être mauvais, mais ça a décuplé les rendements de pêche ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour comprendre, il est utile de considérer les différentes phases du processus d’eutrophisation dans l’ordre. D’abord, la phase I de 1910 à 1950, lors de laquelle le lac est oligotrophe (peu de nutriments et peu d’algues) : les rendements sont relativement bas (en dessous de 300 t en moyenne), mais assez stables. Lors da la phase II, les taux de phosphore augmentent et font basculer le lac vers un état mésotrophe : il y a un peu plus de nutriments pour nourir le phytoplancton (algues microscopiques), le phytoplancton prolifère, et est mangé par des petits crustacés (le zooplancton), qui prolifèrent eux aussi. Et il s’avère que les petits crustacés sont la source de nourriture privilégiée du lavaret : celui-ci a plus à manger, les individus grandissent plus vite, deviennent plus gros et la population plus importante. Il est à noter, que pendant cette phase II, les techniques de pêche évoluent elles aussi (&lt;a href=&quot;/fr/bodensee-fishing/#evolution-techniques&quot;&gt;voir II.1&lt;/a&gt;). Elles deviennent plus efficaces — et l’augmentation du rendement est partiellement liée à ça&lt;sup id=&quot;fnref:wahl&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:wahl&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; — et elles deviennent aussi plus sélectives sur la taille… et c’est là que ça coince. Car les jeunes lavarets d’un an (qu’on ne pêche pas normalement, pour leur laisser le temps de se reproduire), ont d’un coup pris 10 cm tellement ils ont à manger et se prennent dans les mailles des filets qui ont été calibrées pour des individus moins gros &lt;sup id=&quot;fnref:thomas&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:thomas&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. C’est assez vite remarqué et un moratoire sur la pêche du lavaret est introduit et les mailles révisées en 1964 afin de ne pas épuiser les populations. En attendant, le phosphore continue d’augmenter et le lac passe à la phase III : la phase eutrophe. Là, c’est un peu moins funky : la mortalité des œufs des lavarets (qui se développent en profondeur et n’ont plus assez d’oxygène — &lt;a href=&quot;/fr/bodensee-eutrophication/#evolution&quot;&gt;voir I&lt;/a&gt;) bondit, et la pression exercée par la pêche est toujours importante. Les rendements sont très fluctuants.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une petite pause dans cette progression historique s’impose pour un élément de contexte important. Depuis la fin du XIXe siècle, les populations de poisson important économiquement sont artificiellement &lt;a href=&quot;https://www.ibkf.org/en/brut-und-aufzuchtanlagen/&quot;&gt;supplémentées par des alevinières&lt;/a&gt; (ou &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89closerie_de_poissons&quot;&gt;écloseries de poissons&lt;/a&gt;), des structures qui incubent les œufs et les jeunes alevins (les larves de poissons) avant de les relâcher dans le lac. On appelle ce processus &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9empoissonnement&quot;&gt;réempoissonnement&lt;/a&gt;. On estime que plus de 80% &lt;sup id=&quot;fnref:kmann&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:kmann&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; (!) des lavarets actuellement présents dans le lac sont issus d’une des alevinières installées autour du lac. Cette pratique fut salutaire pour les populations de corégones : les taux d’oxygène dans le fond du lac étaient tellement bas, que la mortalité des œufs a atteint les 100% à plusieurs reprises (voir graphique plus bas). Si elles ont survécu à la phase eutrophe, ce n’est sans doute que grâce au réempoissonnement annuel, qui a permis eaux œufs de se développer pépouze dans des incubateurs aux conditions optimales, loin des eaux hypoxiques du lac. Le Kilch s’est justement éteint à cette période, faute de réempoissonnement pour son espèce. Mais, autant, ces techniques sont utiles pour pérenniser la pêche à court terme, leur emploi à long terme pose question : comment impacte-t-on l’évolution d’une population en permettant le développement d’œufs qui ne se seraient peut-être pas développés dans leur milieu naturel ? Cette population saura-t-elle s’adapter à des changements de son écosystème sans l’intervention humaine ? On ne sait pas.&lt;/p&gt;

&lt;div class=&quot;img-with-text&quot; style=&quot;float:none&quot; align=&quot;center&quot;&gt;
&lt;img src=&quot;/images/bodensee/o2eggmortality.png&quot; alt=&quot;mortalité des oeufs de lavarets et concentrations d&apos;oxygène&quot; title=&quot;mortalité des oeufs de lavarets et concentrations d&apos;oxygène&quot; width=&quot;500px&quot; /&gt;
&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;
&lt;span class=&quot;legende&quot;&gt;Évolution de la concentration d&apos;oxygène (ronds) au fond du lac de Constance et mortalité des oeufs de lavarets (barres foncées)&lt;br /&gt;(issu de &lt;a href=&quot;https://sci-hub.st/https://doi.org/10.1139/F09-019&quot; style=&quot;color: #D67A00&quot;&gt;Wahl et Löffler&lt;/a&gt;)&lt;/span&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;p&gt;De retour à nos rendements. La phase eutrophe n’était donc pas fifou pour la pêche du lavaret. L’omble du lac de Constance (&lt;em&gt;Salvelinus profundus&lt;/em&gt; qui, comme sont nom l’indique vit, lui aussi, en profondeur) — un poisson rare, mais cher — disparut totalement des filets. En revanche, la pêche à la perche était devenue plus profitable : la perche étant un peu moins spécifique en termes de conditions d’habitat et pondant ses œufs près des berges, n’était pas trop impactée par le manque d’oxygène et avait plein à manger (de zooplancton, toujours). Mais, paraît que le filet de perche n’était pas de très bonne qualité à cette époque, et qu’elle était pleine de parasites… miam &lt;sup id=&quot;fnref:baer&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:baer&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;5&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Une fois la phase eutrophe passée, on repasse en mésotrophe de 1991 à 2006. Les rendements subissent un léger rebond, sont assez stables et plutôt élevés, comparé à ce qu’on a pu connaître en début de siècle. Comme pour la première phase mésotrophe, cela s’explique par une certaine abondance de nourriture et une réduction de la mortalité des œufs grâce à des taux d’oxygène repartis à la hausse dans le fond du lac. Mais depuis que le lac est de nouveau oligotrophe (vers 2007), les rendements semblent décroître toujours et être même en moyenne plus bas que lors de la première phase oligotrophe du début de siècle dernier.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors donc c’est vrai que le lac est devenu “&lt;a href=&quot;https://www.faz.net/aktuell/wissen/leben-gene/felchenschwund-dem-bodensee-gehen-die-begehrten-speisefische-aus-17225536.html&quot;&gt;trop propre&lt;/a&gt;”, c’est-à-dire qu’il y a pas assez de plancton à manger pour le lavaret ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;S’il ne s’agissait que de l’influence du taux de phosphore, et qu’il est revenu à son taux de pré-eutrophisation (comme on le constate sur le graphique), on s’attendrait à avoir le même rendement de pêche au moins que pendant la période 1910 à 1950, d’autant que le réempoissonnement a toujours lieu : chaque année des centaines de millions d’alevins sont relâchés dans le lac.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors, quelles pourraient être les autres raisons pour ce déclin de lavarets pêchés ? Certains pointent du doigt le cormoran&lt;sup id=&quot;fnref:cormoran&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:cormoran&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;6&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Le pauvre oiseau est, depuis des siècles, considéré comme le concurrent direct du pêcheur pour la ressource poisson. Il a été pourchassé en Europe presque jusqu’à extinction au début du siècle dernier. Sa population a repris du poil de la bête grâce, entre autres, à des &lt;a href=&quot;https://ec.europa.eu/environment/nature/cormorants/faq.htm#protection&quot;&gt;mesures de protection&lt;/a&gt;, l’interdiction du &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Dichlorodiph%C3%A9nyltrichloro%C3%A9thane&quot;&gt;DDT&lt;/a&gt; (composé de synthèse toxique, reprotoxique et cancérogène, ayant été utilisé pour ses propriétés insecticides), et grâce à tiens-tiens… l’eutrophisation des lacs et cours d’eau, qui favorise la présence de petits &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Cyprinidae&quot;&gt;cyprinidés&lt;/a&gt;, une bonne source de nourriture pour le cormoran &lt;sup id=&quot;fnref:klimaszyk&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:klimaszyk&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;7&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Comme les populations de cormorans s’étendent, ça inquiète : il faut absolument trouver un moyen de “gérer” cette croissance. Mais, espèce protégée oblige, on ne la chasse plus, non. On la “&lt;a href=&quot;https://www.cher.gouv.fr/Actions-de-l-Etat/Environnement-eau-foret-chasse-peche-reserves-naturelles/Chasse-peche/Chasse/Regulation-des-grands-cormorans&quot;&gt;régule&lt;/a&gt;” en fonction des problématiques locales : au total, près de &lt;a href=&quot;https://de.wikipedia.org/wiki/Kormoran_(Art)#cite_ref-NABU_2009_39-0&quot;&gt;80 000 cormorans sont abattus chaque année en Europe&lt;/a&gt;, souvent parce qu’ils gênent les &lt;a href=&quot;https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/correze/video-les-cormorans-une-concurrence-trop-forte-pour-les-pecheurs-de-correze-2704958.html&quot;&gt;pêcheurs&lt;/a&gt; ou les &lt;a href=&quot;https://www.lanouvellerepublique.fr/deux-sevres/les-cormorans-mal-aimes-par-les-pisciculteurs&quot;&gt;pisciculteurs&lt;/a&gt; (en même temps, ils fabriquent des garde-mangers à ciel ouvert, ceux-là).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je ne trancherai pas la “problématique cormoran” dans l’absolu, mais m’intéresserai simplement à son cas sur le lac de Constance. Malgré la réoligotrophisation du lac, on voit augmenter le nombre d’individus de passage (moins de 3500 en 2022, ça reste raisonnable) ainsi que de couples installés en colonies (800 couples en 2022). Les premières colonies ne s’étant formées qu’en 1997, cette évolution relativement rapide inquiète : le cormoran ayant besoin de près d’un demi kilo de poisson par jour, si on multiplie cette quantité par le nombre de cormorans et par le nombre de jours qu’ils sont présents autour du lac, on obtient grosso modo 300 tonnes de poiscaille mangées par les cormorans annuellement&lt;sup id=&quot;fnref:cormoran-bodensee&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:cormoran-bodensee&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;8&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Et c’est rapidement raccourci en manque à gagner pour les pêcheurs : voilà, le cormoran nous bouffe les 300 tonnes de poissons qu’on est censés pêcher chaque année ! Sauf que ! Est-ce que le cormoran mange &lt;em&gt;exclusivement&lt;/em&gt; les poissons que nous pêchons ?&lt;/p&gt;

&lt;div class=&quot;img-with-text&quot; style=&quot;float:none&quot;&gt;
&lt;img src=&quot;https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/78/Aalscholver_-_Great_Cormorant_%2815380885176%29.jpg&quot; alt=&quot;le cormoran et la perche&quot; title=&quot;le cormoran et la perche&quot; /&gt;
&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;
&lt;span class=&quot;legende&quot;&gt;Le cormoran et la perche&lt;br /&gt; (&lt;a href=&quot;https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Aalscholver_-_Great_Cormorant_(15380885176).jpg&quot; style=&quot;color: #D67A00&quot;&gt;Rob Zweers, CC BY 2.0&lt;/a&gt;)&lt;/span&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;p&gt;Le cormoran est un pêcheur opportuniste. Il chope ce qui lui tombe sous le bec : des poissons plutôt petits, en surface, près des berges. Si on regarde un peu plus en détail, il y a bien une étude qui s’intéresse au contenu de l’estomac de cormorans abattus sur le lac de Constance &lt;sup id=&quot;fnref:cormoran-estomac-bodensee&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:cormoran-estomac-bodensee&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;9&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, mais elle date d’il y a presque 10 ans, et depuis, la communauté de poissons a sans doute bien changé. De cette étude ressort, qu’en automne/hiver de 2011 à 2013 (l’oiseau ne peut être abattu qu’à cette saison), les cormorans avaient mangé de la tanche (47%), du brochet (24%), de la perche (7%) et du lavaret (7%) pour les plus abondants en masse &lt;sup id=&quot;fnref:calcul-rendement&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:calcul-rendement&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;10&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Ces résultats sont à relativiser dans la mesure où la composition du régime alimentaire du cormoran variait grandement entre automne et hiver, d’année en année et par rapport à de précédentes études (mais genre rien à voir). Il est probable que la réponse à la question “que mange le cormoran ?” soit très dépendante de l’endroit et de l’époque : il mange ce qu’il a sous la patte, ce qu’il y a de plus abondant. ll subsiste donc beaucoup de — si ce n’est que des — incertitudes. Notamment par rapport à l’ombre commun, un petit poisson protégé, dont la population décroît dans le lac depuis des années (depuis bien avant l’arrivée du cormoran). Il se reproduit au printemps et serait une proie facile pour le cormoran en cette saison. Et les études du centre de pêche et d’agriculture régional préconisent l’abattage du cormoran justement en prenant le petit ombre comme &lt;a href=&quot;https://www.suedkurier.de/region/bodenseekreis/bodenseekreis/kormoran-sorgt-fuer-uneinigkeit-abschiessen-oder-nicht;art410936,11189789&quot;&gt;prétexte écologique&lt;/a&gt;, alors qu’en fait, on n’en sait rien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ok, mais si on met le cormoran de côté, pourquoi est-ce qu’il n’y a plus de lavarets dans le lac ?!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il semblerait que c’est bien du côté du manque de nourriture qu’il faille regarder. Mais plus particulièrement du côté des concurrents du lavaret pour sa source de nourriture.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a d’abord la petite épinoche à trois épines, un poisson sans doute introduit par des aquariophiles suisses qui ne voulaient plus de leur animal de compagnie, à la fin du 19ᵉ siècle &lt;sup id=&quot;fnref:stickleback-evolution&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:stickleback-evolution&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;11&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Récemment, il a pris ses aises dans le lac (bien que ça fluctue) et a commencé à être considéré comme espèce invasive (c’est ce qu’on dit quand une espèce n’est “pas de chez nous” et commence à prendre trop de place à notre goût). C’est vrai qu’il représente plus de 90% des individus pêchés dans le lac supérieur (et 30% de la biomasse totale, car il est petit, ne mesurant en moyenne que 8cm), alors qu’il y a encore quelques années, cette partie était dominée par le lavaret. Et l’épinoche se nourrit de la même chose que le lavaret. Ainsi, c’est bien la disette pour le lavaret, mais parce qu’il a un concurrent en grand nombre. &lt;sup id=&quot;fnref:stickleback-competition&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:stickleback-competition&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;12&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;&lt;/p&gt;

&lt;div class=&quot;img-with-text&quot; style=&quot;float:none&quot;&gt;
&lt;img src=&quot;/images/bodensee/moule.JPG&quot; alt=&quot;la moule de la discorde&quot; title=&quot;la moule de la discorde&quot; /&gt;
&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;
&lt;span class=&quot;legende&quot;&gt;La moule quagga (fév. 2023)&lt;/span&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;p&gt;Pour en rajouter une couche, il y a un autre petit animal qui semble avoir un effet considérable sur l’écosystème du lac, c’est la moule quagga &lt;sup id=&quot;fnref:quagga&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:quagga&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;13&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Celle-ci est apparue soudainement en 2016, sans doute importée par des bateaux de plaisance de la région de la mer Caspienne. Elle a colonisé la totalité des substrats disponibles du lac (y compris le sable des profondeurs) et a, au passage, détrôné une autre moule, qui déjà en son temps avait été considérée comme invasive, la moule zébrée. Bon ben au moins son sort à cette dernière est réglé : on ne la trouve quasiment plus. Les moules sont des animaux filtreurs : elles mangent le phytoplancton en filtrant l’eau autour d’elles. Et la moule quagga est sacrément efficace, &lt;a href=&quot;https://www.spektrum.de/news/die-quagga-muschel-erobert-den-bodensee/2052672&quot;&gt;les eaux du lac sont devenues limpides par endroits&lt;/a&gt;. Et elle a des précédents, la moule quagga : elle a &lt;a href=&quot;https://theconversation.com/the-westward-spread-of-zebra-and-quagga-mussels-shows-how-tiny-invaders-can-cause-big-problems-185286&quot;&gt;fortement perturbé les écosystèmes des grands lacs aux États-Unis&lt;/a&gt;, et indirectement &lt;a href=&quot;https://ciglr.seas.umich.edu/fall-2017-e-newsletter/featured-research-lake-michigan-quagga-mussels/&quot;&gt;vidé le &lt;em&gt;lake Michigan&lt;/em&gt; de ses poissons&lt;/a&gt;. Car s’il y a moins de phytoplancton ➞ moins de zooplancton ➞ moins à manger pour le lavaret.&lt;/p&gt;

&lt;div class=&quot;img-with-text&quot; style=&quot;float:none&quot;&gt;
&lt;img src=&quot;/images/bodensee/vodianoi.JPG&quot; alt=&quot;Vodianoï&quot; title=&quot;la barbe du vodianoï&quot; /&gt;
&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;
&lt;span class=&quot;legende&quot;&gt;Les eaux translucides du lac laissent apparaître la barbe du &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Vodiano%C3%AF&quot; style=&quot;color: #D67A00&quot;&gt;vodianoï&lt;/a&gt; (fév. 2023)&lt;/span&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;p&gt;Bref, c’est pas jojo pour le lavaret en ce moment. Mais ce n’est certainement pas le cormoran qui en est responsable. Mais on ne l’aime pas beaucoup, cet oiseau, et on en fait un &lt;a href=&quot;https://www.truites-et-cie.fr/article/environnement-gestion/leurre-mouche-toc/cormoran-le-coupable-est-il-trop-parfait&quot;&gt;coupable parfait&lt;/a&gt;. Regardez comment il &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_Cormoran#/media/Fichier:Arbres_corrod%C3%A9s_par_les_fientes_de_cormorans_(1).jpg&quot;&gt;corrode nos beaux arbres&lt;/a&gt;, en les noyant sous ses fientes lorsqu’il y installe ses colonies. Écoutez tout le &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=dJsiqj0zPr8&quot;&gt;boucan&lt;/a&gt; qu’il fait. Le cas du cormoran cristallise en fait des problèmes économiques et sociaux (la situation des pêcheurs) qui s’insèrent dans des dynamiques écologiques complexes et globales.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Car comme tout écosystème, le lac de Constance est un système dynamique en évolution constante : il n’a pas d’état originel vers lequel il pourrait retourner. Sous notre influence il se transforme encore plus et plus vite. Les pressions qu’on exerce et que je n’ai pas évoquées sont importantes et multiples : la région accueille annuellement des dizaines de millions de touristes, les bateaux de plaisance se multiplient (plus de &lt;a href=&quot;https://www.suedkurier.de/region/kreis-konstanz/konstanz/Zu-viel-PS-auf-dem-Bodensee-Motorbootfahrer-weisen-Kritik-zurueck;art372448,10246146&quot;&gt;60 000 en 2019, dont 22 500 à moteur&lt;/a&gt; — la comparaison n’est pas pertinente, mais ça fait 7 fois plus que de cormorans !), presque la moitié des berges, qui sont les crèches de nombreuses espèces de poisson, sont fortement artificialisées et/ou très fréquentées à la belle saison, il y a aussi la pollution au micro plastique, le réchauffement climatique, etc.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Vu que l’écosystème du lac est déjà aussi lourdement modifié, pourquoi ne pas relever un peu le taux de phosphore autorisé dans le lac pour booster un peu la production primaire&lt;sup id=&quot;fnref:pp&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:pp&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;14&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; afin que les lavarets aient plus à manger ? Certains estiment que c’est en effet seule solution pour que la pêche professionnelle continue à exister sur le lac de Constance. L’autre option étant la pisciculture, mais les &lt;a href=&quot;https://www.bild.de/regional/stuttgart/stuttgart-regional-politik-und-wirtschaft/100-boote-im-bodensee-fischer-protestieren-gegen-felchen-zuchtanlagen-73349224.bild.html&quot;&gt;pêcheurs&lt;/a&gt; ainsi que les &lt;a href=&quot;https://www.bodensee-fischer.de/wp-content/uploads/2020/10/NABU-und-BUND-Thomas-Ko%CC%88rner-und-Antje-Boll-Aquakultur-20-10-10.pdf&quot;&gt;organisations de protection de l’environnement&lt;/a&gt; s’y opposent farouchement. Changer ou non les régulations sur le taux de phosphore dans le lac sera, &lt;em&gt;in fine&lt;/em&gt; sans doute tranché pour des raisons économiques plus qu’écologiques : veut-on privilégier les millions de touristes qui attendent des eaux limpides et à qui on peut faire manger du poisson importé ou veut-on sauvegarder la profession de pêcheur sur le lac ? D’un point de vue écologique, dans une mer d’incertitudes, je ne peux que formuler des hypothèses sur ce que pourrait entraîner une augmentation de phosphore déversé dans le lac : avec le réchauffement climatique, la quantité d’oxygène dans les profondeurs du lac risquerait de chuter s’il y a trop de phytoplancton en surface (&lt;a href=&quot;/fr/bodensee-eutrophication/#retournement&quot;&gt;voir I&lt;/a&gt;) ce qui anéantirait totalement ce qui reste du cycle de vie naturel (non-assisté par l’homme) du lavaret. Et si ce phytoplancton est consommé par les poissons pélagiques au large, il pourrait quand même s’accumuler autour des berges — à moins d’être totalement filtré par la moule quagga — ce qui ferait proliférer les petits &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Cyprinidae&quot;&gt;cyprinidés&lt;/a&gt; et attirerait le cormoran…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce qu’illustre cet exemple du lac de Constance (et qui n’est aucunement un cas à part, &lt;a href=&quot;https://www.ledauphine.com/culture-loisirs/2021/08/15/le-lac-du-bourget-trop-propre-pour-les-pecheurs-professionnels&quot;&gt;le lac du Bourget est “trop propre” lui aussi&lt;/a&gt;), c’est une volonté de gestion, de &lt;em&gt;management&lt;/em&gt; et de contrôle des écosystèmes avec une certaine fuite en avant énergétique. Les services que nous rendent les écosystèmes sont de plus en plus assistés (la régulation du cycle du phosphore, la reproduction du lavaret, la gestion du cormoran,..). Mais ce faisant, on refuse tout un tas de choses dont on pourrait bénéficier gratuitement et sans dépenser une goutte de pétrole si on comprenait vraiment l’écosystème et la direction de son évolution, qu’on pourrait alors accompagner au lieu de toujours vouloir la freiner et voir chaque changement, chaque nouvel arrivant comme un potentiel nuisible.&lt;/p&gt;

&lt;div class=&quot;img-with-text&quot; style=&quot;float:none&quot;&gt;
&lt;img src=&quot;/images/bodensee/food-web.png&quot; alt=&quot;réseau trophique simplifié&quot; title=&quot;réseau trophique du lac de Constance simplifié&quot; /&gt;
&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;
&lt;span class=&quot;legende&quot;&gt;Partie du réseau trophique du lac de Constance (simplifié)&lt;/span&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;p&gt;Car il n’y a pas que des mauvaises nouvelles ! La moule quagga qui se fait si fréquente est devenue une source de nourriture pour le lavaret, mais seuls les individus assez grands pour la manger la consomment &lt;sup id=&quot;fnref:quagga-felchen&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:quagga-felchen&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;15&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, alors on pourrait penser à adapter les mailles de pêche en fonction. De nombreux oiseaux migrateurs comme le &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Fuligule_morillon&quot;&gt;fuligule morillon&lt;/a&gt; ou le &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Fuligule_milouin&quot;&gt;fuligule milouin&lt;/a&gt;, passent l’hiver sur le lac en pêchant la moule zébrée &lt;sup id=&quot;fnref:birds-quagga&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:birds-quagga&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;16&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; et semblent s’être adaptés à sa concurrente, la quagga. L’épinoche elle, est mangée par le cormoran. Grâce à la réoligotrophisation du lac, les gènes que l’espèce de lavaret &lt;em&gt;wartmanni&lt;/em&gt; a récupéré du feu &lt;em&gt;gutturosus&lt;/em&gt; (&lt;a href=&quot;/fr/bodensee-eutrophication/#ecologie&quot;&gt;voir I&lt;/a&gt;) semblent aujourd’hui lui permettre de s’adapter à la &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Niche_%C3%A9cologique&quot;&gt;niche écologique&lt;/a&gt; (les grandes profondeurs) que le défunt avait abandonnée faute d’oxygène &lt;sup id=&quot;fnref:niche&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:niche&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;17&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Et enfin, on a même assisté à la réapparition d’une autre espèce de poisson qu’on pensait s’être éteinte avec &lt;em&gt;guttorosus&lt;/em&gt; : le &lt;a href=&quot;https://www.badische-zeitung.de/suedwest-1/biologen-entdecken-tiefseesaiblinge-im-bodensee--127785373.html&quot;&gt;&lt;em&gt;Salvelinus profundus&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;div class=&quot;img-with-text&quot; style=&quot;float:none&quot;&gt;
&lt;img src=&quot;/images/bodensee/salvelinus_profundus.jpg&quot; alt=&quot;S. profundus&quot; title=&quot;Salvelinus profundus&quot; /&gt;
&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;
  &lt;span class=&quot;legende&quot;&gt;&lt;i&gt;Salvelinus profundus&lt;/i&gt;, par Vogt et Hofer, 1908 - 1909 &lt;a href=&quot; http://www.ittiofauna.org/webmuseum/pesciossei/salmoniformes/salmonidae/salmoninae/salvelinus/salvelinus_profundus/index_big.htm&quot; style=&quot;color: #D67A00&quot;&gt;(source image)&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;hr /&gt;

&lt;div class=&quot;footnotes&quot; role=&quot;doc-endnotes&quot;&gt;
  &lt;ol&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:trad&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;“Le lac de Constance, un lac à lavarets ?” (allemand) &lt;a href=&quot;#fnref:trad&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:wahl&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;&lt;strong&gt;B. Wahl&lt;/strong&gt; &amp;amp; &lt;strong&gt;H. Löffler&lt;/strong&gt;. &lt;a href=&quot;https://sci-hub.st/https://doi.org/10.1139/F09-019&quot;&gt;Influences on the natural reproduction of whitefish (Coregonus lavaretus) in Lake Constance&lt;/a&gt;. 2009. &lt;a href=&quot;#fnref:wahl&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:thomas&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;&lt;strong&gt;G. Thomas&lt;/strong&gt; &amp;amp; &lt;strong&gt;R. Eckmann&lt;/strong&gt;. &lt;a href=&quot;https://kops.uni-konstanz.de/bitstream/handle/123456789/8750/Thomas_Eckmann_CJFAS_2007.pdf?sequence=1&amp;amp;isAllowed=y&quot;&gt;The influence of eutrophication and population biomass on common whitefish (Coregonus lavaretus) growth — the Lake Constance example revisited&lt;/a&gt;. 2007. &lt;a href=&quot;#fnref:thomas&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:kmann&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;&lt;strong&gt;R.E. Kmann&lt;/strong&gt;. &lt;a href=&quot;https://www.researchgate.net/publication/286732839_Massive_stocking_with_hatchery_larvae_may_constrain_natural_recruitment_of_whitefish_stocks_and_induce_unwanted_evolutionary_changes&quot;&gt;Massive stocking with hatchery larvae may constrain natural recruitment  of whitefish stocks and induce unwanted evolutionary changes&lt;/a&gt;. 2012. &lt;a href=&quot;#fnref:kmann&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:baer&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.Baer et al.&lt;/strong&gt; Managing Upper Lake Constance fishery in a multi-sector policy landscape: Beneficiary and victim of a century of anthropogenic trophic change. Chap. 3 de &lt;a href=&quot;http://toobigtoignore.net/research-highlights-1/e-book-inter-sectoral-governance-of-inland-fisheries/&quot;&gt;Inter-sectoral governance of inland fisheries&lt;/a&gt;. 2017. ↩ &lt;a href=&quot;#fnref:baer&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:cormoran&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;&lt;em&gt;Phalacrocorax carbo sinensis&lt;/em&gt;, “&lt;em&gt;sinensis&lt;/em&gt;” étant la sous-espèce continentale du cormoran. Fun-fact étymologique : “cormoran” &lt;a href=&quot;https://www.duden.de/rechtschreibung/Kormoran&quot;&gt;vient de l’ancien français “corp mareng”&lt;/a&gt;, autrement dit “corbeau marin”. &lt;a href=&quot;#fnref:cormoran&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:klimaszyk&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;&lt;strong&gt;P. Klimaszyk&lt;/strong&gt; &amp;amp; &lt;strong&gt;P. Rzymski&lt;/strong&gt;. &lt;a href=&quot;https://doi.org/10.1007/s10750-015-2618-1&quot;&gt;The complexity of ecological impacts induced by great cormorants&lt;/a&gt;. 2016. &lt;a href=&quot;#fnref:klimaszyk&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:cormoran-bodensee&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;Etudes sur l’évolution du cormoran dans la région du lac de Constance. La plus récente, mais je lui fais moyen confiance   en termes de préconisations : &lt;a href=&quot;https://lazbw.landwirtschaft-bw.de/pb/site/pbs-bw-new/get/documents/MLR.LEL/PB5Documents/lazbw_2017/lazbw_ffs/Dokumente_ffs/Umsetzung%20Richtlinien/Kormoranverordnung/Kormoran%20Vorstudie%20final%2020220620_hochaufgel%C3%B6ste%20Version.pdf&quot;&gt;Pré-étude du centre pour l’agriculture, l’élevage et la pêche de Bade-Wurtemberg (2021)&lt;/a&gt; (nombre d’individus et de colonies pp. 71-72 ; quantité de poisson mangée/an p. 88 ; nombre de cormorans abattus p. 95). Un peu plus nuancée : &lt;a href=&quot;https://www.ibkf.org/wp-content/uploads/2018/03/IBKF_Kormoranstudie_Bodensee_2017.pdf&quot;&gt;Étude de la commission internationale pour la pêche du lac de Constance (2017)&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;#fnref:cormoran-bodensee&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:cormoran-estomac-bodensee&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. Gaye-Siessegger&lt;/strong&gt;. &lt;a href=&quot;https://www.kmae-journal.org/articles/kmae/pdf/2014/03/kmae140012.pdf&quot;&gt;The great Cormorant (Phalacrocorax carbo) at lower lake Constance/Germany: dietary composition and impact on commercial fisheries&lt;/a&gt;. 2014. &lt;a href=&quot;#fnref:cormoran-estomac-bodensee&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:calcul-rendement&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;Les rendements de pêche en lavaret les années de l’étude, c’est à dire 2011, 2012 et 2013 étaient respectivement d’environ 600 t, 300 t et  300 t. À cette période, on estime à 160 t/an la quantité de poisson mangé par les cormorans. La proportion de lavaret dans le régime du cormoran étant de 7% x 160 t la quantité de ce qu’il mange = 11,2 t de lavaret mangé. Soit moins de 4% des rendements des mauvaises années. &lt;a href=&quot;#fnref:calcul-rendement&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:stickleback-evolution&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;&lt;strong&gt;C. Hudson et al&lt;/strong&gt;.&lt;a href=&quot;https://doi.org/10.3389/fevo.2020.611672&quot;&gt;Threespine Stickleback in Lake Constance: The Ecology and Genomic Substrate of a Recent Invasion&lt;/a&gt;. 2020. &lt;a href=&quot;#fnref:stickleback-evolution&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:stickleback-competition&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rösch et al&lt;/strong&gt;. &lt;a href=&quot;https://doi.org/10.1007/s10750-017-3479-6&quot;&gt;Impact of the invasive three-spined stickleback (&lt;em&gt;Gasterosteus aculeatus&lt;/em&gt;) on relative abundance and growth of native pelagic whitefish (&lt;em&gt;Coregonus wartmanni&lt;/em&gt;) in Upper Lake Constance&lt;/a&gt;. 2017. &lt;a href=&quot;#fnref:stickleback-competition&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:quagga&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;Nommée d’après le &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Equus_quagga_quagga&quot;&gt;quagga&lt;/a&gt;, une sous-espèce de zèbre d’Afrique du Sud, qui avait des rayures que sur la moitié de son corps. (Ironiquement ?) le quagga n’existe plus. &lt;a href=&quot;#fnref:quagga&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:pp&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;l’activité photosynthétique (c.à.d. la quantité d’algues dans le lac) &lt;a href=&quot;#fnref:pp&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:quagga-felchen&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. Baer et al&lt;/strong&gt;. &lt;a href=&quot;https://doi.org/10.1111/jfb.15043&quot;&gt;Size matters? Species- and size-specific fish predation on recently established invasive quagga mussels &lt;em&gt;Dreissena rostriformis bugensis&lt;/em&gt; Andrusov 1897 in a large, deep oligotrophic lake&lt;/a&gt;. 2022. &lt;a href=&quot;#fnref:quagga-felchen&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:birds-quagga&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;&lt;strong&gt;S. Werner et al&lt;/strong&gt;. &lt;a href=&quot;https://doi.org/10.1111/j.1365-2427.2005.01411.x&quot;&gt;Strong impact of wintering waterbirds on zebra mussel (&lt;em&gt;Dreissena polymorpha&lt;/em&gt;) populations at Lake Constance, Germany&lt;/a&gt;. 2005. &lt;a href=&quot;#fnref:birds-quagga&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:niche&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. Frei et al&lt;/strong&gt;. &lt;a href=&quot;https://doi.org/10.1111/mec.16791&quot;&gt;Introgression from extinct species facilitates adaptation to its vacated niche&lt;/a&gt;. 2022. &lt;a href=&quot;#fnref:niche&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
  &lt;/ol&gt;
&lt;/div&gt;</content><author><name>Sophia Karpenko</name></author><category term="ecology" /><category term="bodensee" /><category term="lac" /><category term="constance" /><category term="felchen" /><category term="coregone" /><category term="lavaret" /><summary type="html">Histoires d’écologie du lac de Constance II.2</summary></entry><entry xml:lang="fr"><title type="html">Qu’est-ce qu’on mange au lac de Constance ? pte.1</title><link href="/fr/bodensee-fishing/" rel="alternate" type="text/html" title="Qu’est-ce qu’on mange au lac de Constance ? pte.1" /><published>2023-02-21T09:57:00+01:00</published><updated>2023-02-21T09:57:00+01:00</updated><id>/fr/bodensee-food-web-FR</id><content type="html" xml:base="/fr/bodensee-fishing/">&lt;h2 id=&quot;histoires-décologie-du-lac-de-constance-ii1&quot;&gt;Histoires d’écologie du lac de Constance II.1&lt;/h2&gt;

&lt;h3 id=&quot;la-pêche-une-tradition-millénaire&quot;&gt;La pêche: une tradition millénaire&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Les pêcheurs du lac de Constance se targuent de &lt;a href=&quot;https://www.bodensee-fischer.de/fisch-informationen/bodenseefische/&quot;&gt;perpétuer une tradition&lt;/a&gt; centenaire. Et c’est vrai.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On peut même sans doute dire millénaire, dans la mesure où les premières habitations retrouvées autour du lac remontent au Néolithique. À l’époque de ces &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Sites_palafittiques_pr%C3%A9historiques_autour_des_Alpes&quot;&gt;cités lacustres&lt;/a&gt;, la pêche était déjà un important moyen de subsistance. Sans remonter jusqu’à la préhistoire, quelques éléments de l’époque précédant la révolution industrielle valent le coup d’être considérés pour observer l’évolution des pratiques et évaluer la pression que les humains exercent sur les sources de nourriture de son écosystème.&lt;/p&gt;

&lt;div class=&quot;img-with-text&quot; style=&quot;float:none&quot;&gt;
&lt;img src=&quot;https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c4/Bodensee_Karte_Merian_1672_color.jpg&quot; alt=&quot;Lac de Constance. Gravure sur cuivre coloriée, vers 1640.&quot; title=&quot;Lac de Constance. Gravure sur cuivre coloriée, vers 1640.&quot; /&gt;
&lt;p&gt;
&lt;span class=&quot;legende&quot;&gt;&lt;i&gt;Lacus Podamicus.&lt;/i&gt; Lac de Constance. Gravure sur cuivre coloriée, vers 1640. (&lt;a href=&quot;https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Bodensee_Karte_Merian_1672_color.jpg&quot; style=&quot;color: #D67A00&quot;&gt;&lt;i&gt;source: wikimedia commons&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/span&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;h4 id=&quot;la-pêche-de-1350-à-1900-&quot;&gt;La pêche de 1350 à 1900 &lt;sup id=&quot;fnref:zeheter&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:zeheter&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Au bas Moyen Âge, bien que l’intégralité de la région du lac de Constance ait été incluse dans le Saint-Empire romain germanique (le Premier Reich), le territoire autour du lac était bien morcelé. Il était organisé — si on simplifie très grossièrement — en seigneuries. Et cette organisation était à peu près stable jusqu’à la Révolution française (oui, 🐓) et l’arrivée de Napoléon, début du XIXᵉ, qui a décidé de tout dégommer sur son passage. Bref, comme le territoire était fragmenté, il fallait s’organiser entre qui a le droit de pêcher et où. D’autant que, toute la surface du lac n’était pas entièrement découpée en titres de propriété, certaines zones en étaient considérées comme bien communaux, auxquels tout pêcheur avait accès.&lt;/p&gt;

&lt;div class=&quot;img-with-text&quot; style=&quot;float:right&quot;&gt;
&lt;img src=&quot;https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/7b/Fischer.jpg&quot; alt=&quot;Blason de la corporation des pêcheurs&quot; title=&quot;Blason de la corporation des pêcheurs&quot; width=&quot;240px&quot; /&gt;
&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;
  &lt;span class=&quot;legende&quot;&gt;Blason de la corporation des pêcheurs&lt;br /&gt; 1895, Leipzig (&lt;a href=&quot;https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Fischer.jpg&quot; style=&quot;color: #D67A00&quot;&gt;&lt;i&gt;wikimedia commons&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/span&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les guildes de pêcheurs.&lt;/strong&gt; Au XIVᵉ siècle, comme beaucoup d’autres corps de métiers, les pêcheurs professionnels commencent à s’organiser en corporations (ou guildes). Ce mode d’organisation devient même exclusif, et ce jusqu’au milieu du XIXᵉ, puisque pour pouvoir vendre son poisson sur le marché, il fallait faire partie de la guilde des pêcheurs (prendre sa canne à pêche pour aller choper un peu de poisson pour la famille était évidemment autorisé). La guilde servait, en outre, comme médiatrice entre les pêcheurs et les autorités locales, et mettait en place des règlements et des contrats de pêche de façon autonome ou en lien avec ces dernières.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les poissons du lac.&lt;/strong&gt; Mais qu’est-ce qu’on peut bien pêcher dans le lac de Constance ? Eh bien, ce lac est l’habitat typique de certains salmonidés, comme le lavaret (ou corégone), la truite, l’omble et l’ombre. Les lavarets (car il y en a plusieurs types) sont les plus emblématiques du lac de Constance. On les appelle &lt;em&gt;Felchen&lt;/em&gt; en allemand, et plus spécifiquement &lt;em&gt;Blaufelchen&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Gangfisch&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Sandfelchen&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Kilch&lt;/em&gt; pour les quatre espèces représentées (respectivement &lt;em&gt;wartmanni&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;macrophtalmus&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;arenicolus&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;gutturosus&lt;/em&gt;)&lt;sup id=&quot;fnref:coregones&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:coregones&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Ah non, sauf le Kilch, lui, a disparu à jamais (&lt;a href=&quot;/fr/bodensee-eutrophication/#evolution&quot;&gt;voir I&lt;/a&gt;). Ce sont des espèces pélagiques, c’est-à-dire qu’on les trouve au large, dans les profondeurs du lac. En plus des salmonidés, trouve dans le lac tout un tas d’autres poissons dits communs, moins sélectifs sur la profondeur, comme la perche, la tanche, le rotengle, le gardon, le brochet, la lotte, la carpe et même l’anguille &lt;sup id=&quot;fnref:hierarchie&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:hierarchie&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;!&lt;/p&gt;

&lt;div class=&quot;img-with-text&quot; style=&quot;float:right&quot;&gt;
&lt;img src=&quot;https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/da/Konstanzer_Richental_Chronik_Verkauf_von_von_Fischen%2C_Fr%C3%B6schen_und_Schnecken_25r.jpg&quot; alt=&quot;au marché&quot; title=&quot;au marché&quot; width=&quot;270px&quot; /&gt;
&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;
  &lt;span class=&quot;legende&quot;&gt;Au marché d&apos;escargots et de poisson&lt;br /&gt; pendant le Concile de Constance.&lt;br /&gt;Ulrich von Richental, vers 1464.&lt;br /&gt; (&lt;a href=&quot;https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Konstanzer_Richental_Chronik_Verkauf_von_von_Fischen,_Fr%C3%B6schen_und_Schnecken_25r.jpg&quot; style=&quot;color: #D67A00&quot;&gt;&lt;i&gt;wikimedia commons&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/span&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le poisson, un aliment de carême.&lt;/strong&gt; À cette époque, la consommation de poisson avait son importance, surtout dans la mesure où c’était un mets autorisé pendant le carême, période de l’année où l’Église interdisait la consommation de produits gras et d’origine animale, et qui pouvait durer jusqu’à 1/3 de l’année. Et il est bien connu que le poisson n’est pas un animal mais un “légume de cours d’eau” (&lt;a href=&quot;https://www.bkz.de/nachrichten/legenden-umranken-diese-speise-69115.html&quot;&gt;“fluvium legumine”&lt;/a&gt; qu’ils disaient, les moines). C’est le castor qui, lui, est l’animal de l’eau et donc c’est.. un poisson (? 🤔).. Enfin tout n’est que question d’interprétation ! Avec cette pirouette interprétative-ci, les poissons ne tombaient pas sous l’interdiction de carême, et ça les arrangeait bien, les religieux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Techniques de pêche.&lt;/strong&gt; Alors, pour pêcher de façon efficace, il y avait tout un tas de techniques super élaborées, largement suffisantes pour vider tout le lac de ses légumes. Y avait les équivalents de la &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Nasse&quot;&gt;nasse&lt;/a&gt;, du &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Filet_maillant&quot;&gt;filet maillant&lt;/a&gt;, de la &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%AAche_%C3%A0_la_senne&quot;&gt;senne&lt;/a&gt;, du &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Filet_de_p%C3%AAche#Verveux&quot;&gt;vervet&lt;/a&gt;, (pour les profanes comme moi, tout ça, ça reste des filets, hein).. pas trop la canne à pêche, ça c’était pour le pêcheur du dimanche. Par exemple, la &lt;em&gt;Klusgarn&lt;/em&gt;, une senne de 80m de long et jusqu’à 30 de haut, fixée sur deux longues cordes était plongée dans les profondeurs du lac pour pêcher le lavaret. Elle avait un rendement variable entre 0 et 10 lavarets par prise, mais qu’on pouvait compenser en tentant son coup jusqu’à 60 fois en une journée (à condition de passer 15h sur l’eau). Le &lt;em&gt;Landwatt&lt;/em&gt; était un filet lancé depuis la berge, des mêmes dimensions à peu près que le précédent, mais qui était orienté, lui, sur la brème  — poisson qui préfère les eaux littorales aux eaux profondes. Le &lt;em&gt;Landwatt&lt;/em&gt; pouvait régulièrement avoir des rendements de plusieurs tonnes. Le plus spectaculaire fut cependant le &lt;em&gt;Gangfischwatt&lt;/em&gt;, un filet mesurant jusqu’à 120m de long et 4 de large, formé à partir des filets individuels de 18 pêcheurs, qui devaient s’y mettre à 18 pour pouvoir le manipuler. Le &lt;em&gt;Gangfischwatt&lt;/em&gt;, comme son nom l’indique, était destiné à choper le &lt;em&gt;Gangfish&lt;/em&gt; (l’un des lavarets) pendant la &lt;em&gt;fraie&lt;/em&gt;, qui est la période de reproduction des poissons. Car à ce moment-là — ce moment-là c’est le début de l’hiver — le &lt;em&gt;Gangfisch&lt;/em&gt;, qui d’habitude zone dans les profondeurs, remonte à la surface près des côtes, pour faire une danse nuptiale lors de laquelle les œufs pondus sont arrosés par des jets de sperme. Tombant dans les profondeurs, les œufs, s’ils sont fécondés, se développent l’hiver durant à 4°C jusqu’à éclore au printemps. Alors tous ces poissons remontés à la surface, occupés à danser font une proie bien facile pour les pêcheurs, qui en profitent pour les choper dans leurs grands filets. Là, le timing étant très important (la danse dure à peine quleques jours), alors le rendement était variable, mais le record aurait été de 150 000 &lt;em&gt;Gangfische&lt;/em&gt; à Ermatingen en 1817. Ils ont dû en manger du poisson, après ça !&lt;/p&gt;

&lt;div class=&quot;row&quot;&gt;
  &lt;div class=&quot;column&quot;&gt;
    &lt;img src=&quot;/images/zeheter_1.jpeg&quot; alt=&quot;Gangfischwatt&quot; style=&quot;width:100%&quot; /&gt;
    &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span class=&quot;legende&quot;&gt;Gangfischwatt. Y en a bien 18 !&lt;/span&gt;
    &lt;/p&gt;
  &lt;/div&gt;      
  &lt;div class=&quot;column&quot;&gt;     
    &lt;img src=&quot;/images/zeheter_2.jpeg&quot; alt=&quot;Landwatt (Vorarlberg, vers 1930)&quot; style=&quot;width:100%&quot; /&gt;   
    &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span class=&quot;legende&quot;&gt;Landwatt (Vorarlberg, vers 1930)&lt;/span&gt;
    &lt;/p&gt;
  &lt;/div&gt;   
  &lt;div class=&quot;column&quot;&gt;     
    &lt;img src=&quot;/images/zeheter_3.jpeg&quot; alt=&quot;Klusgarn (Obersee, vers 1930)&quot; style=&quot;width:100%&quot; /&gt; 
    &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;span class=&quot;legende&quot;&gt;Klusgarn (Obersee, vers 1930)&lt;/span&gt;
    &lt;/p&gt;
  &lt;/div&gt; 
&lt;/div&gt;

&lt;p&gt;&lt;small&gt;illustrations : M. Zeheter &lt;/small&gt; &lt;sup id=&quot;fnref:zeheter:1&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:zeheter&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bon, tout ça pour dire, que les techniques de pêche étaient efficaces, même si le rendement pouvait en être variable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La durabilité au Moyen Âge.&lt;/strong&gt; Il existait cependant déjà des restrictions sur les méthodes de pêche : des règlements sur les mailles des filets ; sur la fréquence d’utilisation de telle ou telle méthode en fonction de son efficacité et de sa sélectivité sur une espèce ; des réglementations sur la maille (taille minimale du poisson pour pouvoir le pêcher) ; ou sur la saison, en fonction de la période de reproduction d’une espèce. Car si on profitait de l’apparition des lavarets en surface pour les pêcher, parce qu’ils étaient autrement difficiles à pécho, on interdisait de pêcher la perche lors de sa période de fraie, car là c’était quand même un peu trop facile. Tout ceci pour éviter la surpêche et assurer une sauvegarde durable de la “ressource poisson”.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;S’il est difficile de dire quels étaient les stocks de poissons commercialement intéressants dans le lac à ces époques, les restrictions et les plaintes de pêcheurs témoignent qu’ils pouvaient être pour le moins fluctuants. Il est à noter que les conditions climatiques (la période discutée s’étend pile sur le &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Petit_%C3%A2ge_glaciaire&quot;&gt;petit âge glaciaire&lt;/a&gt; !) pouvaient également jouer un rôle sur la quantité de poissons pêchés. Mais l’application de réglementations très strictes étant concomitantes avec les plus grands accroissements démographiques dans la région (XIIIᵉ, XIVᵉ et XVIIIᵉ) il est possible que l’intensité de la pêche ait, déjà à l’époque, pu avoir un effet sur la disponibilité de la ressource poisson.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On peut d’ailleurs citer au moins un épisode de surpèche au XIVᵉ siècle, mais dans un plus petit lac pré-alpin, le &lt;em&gt;Zeller See&lt;/em&gt; (région de Salzburg). Les quotas de 27 000 lavarets par an ont fait s’effondrer leur population en moins d’une génération humaine, et les brochets introduits pour les compenser ont décimé la population de truites. S’en est suivie une interdiction de pêche de 3 ans ainsi que des règlementations sévères sur les filets, zones et périodes de pêche. Il est fort à parier que la grande taille du lac de Constance lui a permis d’éviter telle catastrophe. Et s’il n’y a pas eu d’impact durable sur les populations de poissons, c’est sans doute grâce à un contrôle par les autorités et les guildes elles-mêmes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une histoire de pouvoir.&lt;/strong&gt; Il est à noter que, les guildes des pêcheurs étaient l’une des corporations les plus contrôlées (bien plus que les boulangers ou les bouchers, par exemple). Dans son livre, M. Zeheter estime que de cette façon, les autorités pouvaient exercer leur pouvoir bien au-delà des limites des fiefs, et ainsi étendre leur influence sur les eaux communes du lac.&lt;/p&gt;

&lt;h4 id=&quot;20ᵉ-siècle-jusquà-nos-jours&quot;&gt;20ᵉ siècle jusqu’à nos jours&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le déclin des corporations.&lt;/strong&gt; À la fin du XIXe siècle, la profession a connu des changements majeurs. D’abord par une réduction de leur autonomie politique : avec le déclin des guildes au XIXe dû à la libéralisation du commerce, ils ne faisaient plus partie de grandes structures qui pouvaient porter leur voix (syndiquez-vous !) mais étaient atomisés. Aussi, avec la création d’&lt;a href=&quot;https://www.lubw.baden-wuerttemberg.de/wasser/institut-fuer-seenforschung&quot;&gt;instituts limnologiques&lt;/a&gt;, instituts de recherche spécialisés dans l’étude de l’écosystème lacustre avec une visée d’exploitation durable de la ressource poisson, ils ont perdu leur légitimité dans la production de connaissances empiriques. On a en effet, estimé que, pour établir réglementations et restrictions, les pêcheurs eux-mêmes auraient un conflit d’intérêt entre la conservation durable de la ressource qu’ils exploitent et se faire de la grosse thunasse à court terme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Licences de pêche individuelles.&lt;/strong&gt; Entre 1914 et 1934, le nombre maximal de licenses de pêche est passé de 435 à 218 afin de réduire la concurrence entre les pêcheurs et leur permettre de vivre de leur activité. Et depuis, le nombre de pêcheurs n’a cessé de diminuer, parfois par manque de pêcheurs, qui préféraient s’orienter vers les industries naissantes dans la région pour leur gagne-pain, parfois par limitation des autorités.&lt;/p&gt;

&lt;div class=&quot;img-with-text&quot; style=&quot;float:right&quot;&gt;
&lt;img src=&quot;/images/Bodennetz-auslegen.jpg&quot; alt=&quot;Pêcheur sur le lac de Constance&quot; title=&quot;Pêcheur sur le lac de Constance&quot; width=&quot;300px&quot; /&gt;
&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;
  &lt;span class=&quot;legende&quot;&gt;Pêcheur sur le lac de Constance &lt;br /&gt; (&lt;a href=&quot;https://www.bodensee-fischer.de/medienberichte/bilder-vom-see-und-der-fischerei/&quot; style=&quot;color: #D67A00&quot;&gt;&lt;i&gt;bodensee-fischer.de&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;)&lt;/span&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;p&gt;&lt;a name=&quot;evolution-techniques&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les techniques de pêche&lt;/strong&gt; ont globalement été perpétuées au fil des siècles, mais rendues encore plus efficaces avec l’industrialisation et la motorisation. Avec le passage à la maille en nylon, certains filets comme la &lt;em&gt;Klusgarn&lt;/em&gt; ont été jugés &lt;em&gt;trop&lt;/em&gt; efficaces et pas assez sélectifs (ça ratissait tout sur son passage), et ont été interdits &lt;sup id=&quot;fnref:klusgarn&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:klusgarn&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Aujourd’hui, les pêcheurs professionnels n’utilisent que des &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Filet_maillant&quot;&gt;filets maillants&lt;/a&gt;, aux mailles assez larges de façon à piéger uniquement les poissons adultes ayant atteint une certaine taille (ou maille). Bien qu’une telle mesure puisse paraître salutaire pour éviter de pêcher les juvéniles et leur laisser le temps d’arriver à maturité sexuelle pour pouvoir se reproduire, et ainsi pérenniser la population, il a été montré que de telles mesures pouvaient exercer une pression sélective sur certaines populations de poissons de mer, en sélectionnant les individus de petite taille et participant ainsi à une perte de la diversité génétique d’une population &lt;sup id=&quot;fnref:jorgensen&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:jorgensen&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;5&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Cela n’a cependant pas été observé sur nos populations de lavarets, mais doit continuer à être surveillé &lt;sup id=&quot;fnref:gum&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:gum&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;6&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a name=&quot;baisse-rendement&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Malgré un lac redevenu oligotrophe (&lt;a href=&quot;/fr/bodensee-eutrophication/#reoligotrophisation&quot;&gt;voir I&lt;/a&gt;) ; malgré une surveillance accrue des populations de lavarets, et même une supplémentation artificielle des eaux du lac en larves de poissons incubées dans des &lt;a href=&quot;https://www.ibkf.org/en/brut-und-aufzuchtanlagen/&quot;&gt;alevinières&lt;/a&gt; ; malgré un contrôle des techniques de pêche et du nombre pêcheurs (qui par ailleurs a été réévalué à 80 sur tout le lac en 2020) ; malgré tout ça, les rendements de lavarets pêchés dans le lac de Constance ne cesse de baisser. On a même atteint le record du rendement le plus bas jamais obtenu : &lt;a href=&quot;https://www.swr.de/swraktuell/baden-wuerttemberg/friedrichshafen/fangzahlen-bei-bodenseefelchen-auf-rekordtief-100.html&quot;&gt;20 tonnes de lavarets en 2022 seulement&lt;/a&gt;&lt;sup id=&quot;fnref:rendement2022&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:rendement2022&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;7&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, alors qu’on était à plus de &lt;a href=&quot;https://www.ibkf.org/wp-content/uploads/2022/06/IBKF-2022_Blaufelchenbericht.pdf&quot;&gt;800 tonnes à la fin des années 90&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors, les pêcheurs sont inquiets, et à raison. Certains estiment que le lac est “trop propre” et que le lavaret n’a plus assez à manger (non, il ne mange pas nos saletés..), d’autres pointent du doigt l’épinoche à trois épines, un petit poisson récemment introduit dans le lac qui dévorerait tous les œufs du lavaret, et les derniers accusent le cormoran, dont la population augmente autour du lac, de &lt;a href=&quot;https://www.swr.de/swraktuell/baden-wuerttemberg/friedrichshafen/vorstudie-empfiehlt-gemeinsame-aktionen-gegen-kormoranen-am-bodensee-100.html&quot;&gt;dévorer les 300 tonnes de poisson&lt;/a&gt; qui sont normalement dues aux pêcheurs. En fait, comme souvent, c’est plus compliqué que ça, alors j’y consacre la &lt;a href=&quot;/fr/bodensee-felchen/&quot;&gt;deuxième partie de “Qu’est-ce qu’on mange sur le lac de Constance ?”&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En tout cas, déjà en 2012, 50% des lavarets consommés dans la région étaient importés d’Italie, de Finlande, d’Islande, du Canada… sans que les consommateurs en aient conscience &lt;sup id=&quot;fnref:baer&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:baer&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;8&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.  Alors, continuer à développer un tourisme de masse tout en faisant mousser la marque “poisson du &lt;em&gt;Bodensee&lt;/em&gt;” paraît légèrement schizophrène ou pour le moins malhonnête.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;/fr/bodensee-felchen/&quot;&gt;⥽ Lire la suite ! ⥼&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;hr /&gt;

&lt;div class=&quot;footnotes&quot; role=&quot;doc-endnotes&quot;&gt;
  &lt;ol&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:zeheter&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;Toute cette partie est basée sur le livre de &lt;strong&gt;Michael Zeheter&lt;/strong&gt; &lt;a href=&quot;http://dx.doi.org/10.7788/boehlau.9783412217549&quot;&gt;Die Ordnung der Fischer. Nachhaltigkeit und Fischerei am Bodensee (1350-1900)&lt;/a&gt; (L’organisation des pêcheurs. Soutenabilité et pêche sur le lac de Constance de 1350 à 1900). 2014. &lt;a href=&quot;#fnref:zeheter&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;#fnref:zeheter:1&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:coregones&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;La disctinction entre les quatre espèces est débattue, certains considérant qu’il ne s’agit que d’une seule et même espèce, très polymorphe, le Corgenus &lt;em&gt;lavaretus&lt;/em&gt; avec des sous-espèces ou écotypes. &lt;a href=&quot;#fnref:coregones&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:hierarchie&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;Évidemment il y avait (et il y a toujours) une hiérarchie dans les poissons à consommer, et donc économiquement plus intéressants. Dans l’ordre du plus noble au moins noble: anguille &amp;gt; truite, lavaret, perche, ombre, lotte, tanche, carpe &amp;gt; barbeau, brème, lavaret arénicole &amp;gt; chevesne, ablette, vairon &lt;a href=&quot;#fnref:hierarchie&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:klusgarn&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;Interdiction en 1967 pour la Klusgarn. https://www.schule-bw.de/faecher-und-schularten/gesellschaftswissenschaftliche-und-philosophische-faecher/landeskunde-landesgeschichte/module/epochen/umweltgeschichte/bodensee/photoalbum_bodensee/b43.png &lt;strong&gt;FAO&lt;/strong&gt;. &lt;a href=&quot;https://www.fao.org/3/AA044E/AA044E06.htm&quot;&gt;Techniques de pêche&lt;/a&gt; [Ctrl]+[F] “Klusgarn”. &lt;a href=&quot;#fnref:klusgarn&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:jorgensen&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;L’idée est que les individus à croissance rapide auraient une chance réduite de se reproduire, en raison d’une mortalité par pêche plus élevée, et que cette pression qu’exerce la pêche sur la taille peut avoir un effet négatif sur le potentiel de croissance de la population au fil du temps. &lt;strong&gt;C. Jørgensen et al.&lt;/strong&gt; &lt;a href=&quot;https://sci-hub.st/https://doi.org/10.1126/science.1148089&quot;&gt;Managing Evolving Fish Stocks&lt;/a&gt;. 2007. &lt;a href=&quot;#fnref:jorgensen&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:gum&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;&lt;strong&gt;B. Gum et al.&lt;/strong&gt; &lt;a href=&quot;https://sci-hub.st/https://doi.org/10.1111/jfb.12393&quot;&gt;Genetic diversity of upper Lake Constance whitefish Coregonus spp. under the influence of fisheries: a DNA study based on archived scale samples from 1932, 1975 and 2006&lt;/a&gt;. 2014. &lt;a href=&quot;#fnref:gum&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:rendement2022&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;Le stock de lavaret était si bas en 2022 que la pêche pendant la fraie, début décembre, a été &lt;a href=&quot;https://www.ibkf.org/wp-content/uploads/2022/12/IBKF-Pressemitteilung-Felchenlaichfischerei-2022.pdf&quot;&gt;annulée par l’IBKF&lt;/a&gt;, l’orgaisme international qui régule la pêche sur le lac de Constance, ce qui participe aussi au faible rendement annuel. &lt;a href=&quot;#fnref:rendement2022&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:baer&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.Baer et al.&lt;/strong&gt; Managing Upper Lake Constance fishery in a multi-sector policy landscape: Beneficiary and victim of a century of anthropogenic trophic change. Chap. 3 de &lt;a href=&quot;http://toobigtoignore.net/research-highlights-1/e-book-inter-sectoral-governance-of-inland-fisheries/&quot;&gt;Inter-sectoral governance of inland fisheries&lt;/a&gt;. 2017. &lt;a href=&quot;#fnref:baer&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
  &lt;/ol&gt;
&lt;/div&gt;</content><author><name>Sophia Karpenko</name></author><category term="ecology" /><category term="bodensee" /><category term="lac" /><category term="constance" /><category term="pêche" /><category term="felchen" /><category term="lavaret" /><category term="coregone" /><summary type="html">Histoires d’écologie du lac de Constance II.1</summary></entry><entry xml:lang="fr"><title type="html">Épisode d’eutrophisation du lac de Constance</title><link href="/fr/bodensee-eutrophication/" rel="alternate" type="text/html" title="Épisode d’eutrophisation du lac de Constance" /><published>2023-01-31T14:12:00+01:00</published><updated>2023-01-31T14:12:00+01:00</updated><id>/fr/bodensee-eutrophication-FR</id><content type="html" xml:base="/fr/bodensee-eutrophication/">&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;/images/bodensee/cygne-mainau.JPG&quot; width=&quot;100%&quot; title=&quot;Vue de l&apos;île de Mainau (oct. 2021)&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h2 id=&quot;histoires-décologie-du-lac-de-constance-i&quot;&gt;Histoires d’écologie du lac de Constance I.&lt;/h2&gt;

&lt;font color=&quot;#00b07c&quot;&gt;&lt;b&gt;La pollution massive de l’un des lacs les plus propres d’Europe&lt;/b&gt; &lt;br /&gt;&lt;small&gt;(mais bon, &lt;a href=&quot;https://en.wikipedia.org/wiki/Eutrophication#Extent_of_the_problem&quot;&gt;c’est normal&lt;/a&gt;).&lt;/small&gt;&lt;/font&gt;

&lt;h3 id=&quot;lac-de-constance&quot;&gt;Lac de Constance&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;C’est l’extrême sud de l’Allemagne, à la frontière avec la Suisse et l’Autriche. C’est là que se trouve l’un des plus grands lacs d’Europe, le plus grand d’Allemagne, en tout cas : le lac de Constance &lt;small&gt;(pour boucler la question de qui a le plus grand dans l’absolu, on peut aller voir &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_lacs_d%27Europe&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;)&lt;/small&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;div class=&quot;img-with-text&quot; style=&quot;float:right&quot;&gt;
&lt;img src=&quot;/images/Einzugsgebietskarte_bodensee_723x1024.jpg&quot; alt=&quot;Bassin versant du lac de Constance&quot; width=&quot;300&quot; title=&quot;Lake Constance catchment area&quot; /&gt;
&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;
  &lt;span class=&quot;legende&quot;&gt;Bassin versant du lac de Constance (11 000 km²)&lt;br /&gt; (&lt;a href=&quot;https://www.canyonauten.de/blog/wasserstand-bodensee-pegel-konstanz/&quot; style=&quot;color: #D67A00&quot;&gt;&lt;i&gt;source image&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;)
  &lt;/span&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;p&gt;Le lit du lac a été creusé par le glacier du Rhin lors de la dernière période glaciaire (&lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Glaciation_de_W%C3%BCrm&quot;&gt;glaciation de Würm&lt;/a&gt;), qui s’est terminée il y a environ 10 000 ans, démarrant ainsi l’époque Holocène. À quelques milliers d’années près, cela correspond aussi à la période Néolithique, qui a laissé quelques traces sur les abords du lac sous la forme de vestiges de &lt;a href=&quot;https://www.pfahlbauten.eu/fr/le-musee-des-palafittes/promenade-virtuelle.html&quot;&gt;maisons sur pilotis&lt;/a&gt; de cités lacustres.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le &lt;em&gt;Lacus Constantinus&lt;/em&gt; a été baptisé à l’occasion du &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Concile_de_Constance&quot;&gt;concile de Constance&lt;/a&gt; au XVᵉ siècle. Mais son nom d’usage en allemand est &lt;em&gt;Bodensee&lt;/em&gt; (“Bodmansee” = le lac de Bodman, une petite commune du Nord-Ouest du lac supérieur, qui avait une plus grande influence au Moyen Âge).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les eaux de la partie supérieure du lac (l’&lt;em&gt;Obersee&lt;/em&gt;) sont officiellement internationales, malgré une tentative de la Suisse au XIXᵉ siècle, de tracer une frontière en plein milieu, pour délimiter son territoire. En effet, les duchés de Bade, de Bavière et l’Autriche l’avaient envoyée paître (sauf pour certaines zones spécifiques autour de la ville de Constance). Le lac supérieur est donc jusqu’à aujourd’hui un &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Condominium#Territoire_lacustre&quot;&gt;condominium&lt;/a&gt;, bon.. sauf pour les Suisses qui l’ont quand même &lt;a href=&quot;https://www.bodensee-geodatenpool.net/file/16.pdf&quot;&gt;tracée, leur frontière&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au cours des XIXᵉ et XXᵉ siècles, la population humaine aux abords du lac a massivement augmenté, &lt;a href=&quot;https://ourworldindata.org/grapher/population?time=1100..latest&amp;amp;country=DEU%7EEurope%7EEuropean+Union+%2827%29&quot;&gt;comme dans une grande partie de l’Europe&lt;/a&gt;. La ville de Constance, la plus peuplée aujourd’hui, est passée d’une constante &lt;a href=&quot;https://de.wikipedia.org/wiki/de:konstanz?uselang=en#Bev%C3%B6lkerungsentwicklung&quot;&gt;de 5 000 habitants pendant des siècles à plus de 75 000 habitants en 200 ans&lt;/a&gt;. La région du lac a subi une grosse intensification de son activité agricole, une urbanisation et une artificialisation de son bassin versant. Et ce fut non sans conséquences pour l’écosystème lacustre.&lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;eutrophisation-en-milieu-aquatique&quot;&gt;Eutrophisation en milieu aquatique&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Changement d’état trophique.&lt;/strong&gt; Dans la seconde moitié du XXᵉ siècle, le lac de Constance a souffert d’un grand épisode de pollution, le faisant basculer d’un état &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Oligotrophe&quot;&gt;&lt;em&gt;oligotrophe&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, pauvre en nutriments, caractéristique des grands lacs péri-alpins, à un état &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Eutrophisation&quot;&gt;&lt;em&gt;eutrophe&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. L’état trophique d’un milieu est caractérisé par la disponibilité de nutriments essentiels pour la croissance des &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Autotrophie&quot;&gt;producteurs primaires&lt;/a&gt; que sont les plantes et les algues, ces organismes qui mangent de la lumière et du CO&lt;sub&gt;2&lt;/sub&gt; pour produire du dioxygène. Plus un milieu est riche en ces nutriments — l’azote et le phosphore pour les lacs d’eau douce — plus la croissance et la présence de plantes, d’algues, de phytoplancton seront importantes, voire excessives. L’eau, au lieu d’être limpide avec peu de particules en suspension, devient verte et opaque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À noter donc que, bien qu’il existe des milieux naturellement &lt;em&gt;eutrophes&lt;/em&gt;, donc riches en nutriments, le terme d’&lt;em&gt;eutrophisation&lt;/em&gt; désigne un processus de dégradation d’un milieu par un apport excessif de nutriments, donc une pollution.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Prolifération algale par excès de phosphore.&lt;/strong&gt; Dans notre cas, les concentrations de phosphore dans le lac de Constance (élément normalement limitant, présent en faibles concentrations) ont été &lt;a href=&quot;https://www.igkb.org/fileadmin/user_upload/dokumente/aktuelles/Faktenblaetter/2018-10-18_IGKB_Faktenblatt_Phosphor.pdf&quot;&gt;multipliées par 10 entre 1950 et la fin des années 1970&lt;/a&gt;. Cette pollution au phosphore a été causée par l’augmentation considérable de rejet des eaux usées (urbanisation croissante, je rappelle) et le lessivage d’engrais des champs entourant le lac, l’usage desquels a explosé après la seconde guerre mondiale. La matière fécale, les lessives et les engrais regorgeant de phosphore, la situation est devenue complètement merdique dans les années 1970: les autorités ont dû interdire l’accès à certaines plages en haute saison, car risque accru de choléra et polio.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a name=&quot;ecologie&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apparition de zones mortes.&lt;/strong&gt; On pourrait penser que s’il y a davantage de nutriments dans l’eau, il aurait, certes, davantage d’algues, mais donc davantage de nourriture pour les herbivores comme les coquillages et crustacés. Les populations de ces derniers grandiraient et seraient une source de nourriture pour les poissons molluscivores et planctivores, et finalement ce seraient les populations de poissons qui grandiraient ! Mais c’est plus compliqué que ça. Les &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Efflorescence_algale&quot;&gt;efflorescences algales&lt;/a&gt; en surface de l’eau réduisent la quantité de lumière qui pénètre dans les parties plus profondes du lac et empêchent ainsi d’autres organismes photosynthétiques (le petit phytoplancton) de manger la lumière. Alors ils meurent. Et les algues de l’efflorescence finissent par mourir aussi. Tout ce beau monde tombe dans le fond du lac, où il est décomposé par des microorganismes. Mais les microorganismes utilisent beaucoup d’oxygène lorsqu’ils mangent les débris d’algues, alors plus il y a de débris, plus ils consomment d’oxygène et moins il en reste pour les autres organismes qui vivent au fond de l’eau et ont besoin de respirer… alors ces derniers meurent aussi. Ceci créé des zones pauvres en oxygène, dites &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Hypoxie#%C3%89cologie_aquatique&quot;&gt;hypoxiques&lt;/a&gt;. Et lorsque l’oxygène vient à manquer complètement, elles deviennent zones mortes où plus rien ne peut vivre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a name=&quot;evolution&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Extinction d’une espèce de poisson.&lt;/strong&gt; Au moins une espèce (emblématique) a irrémédiablement souffert des conditions hypoxiques dans le fond du lac : le lavaret (ou corégone) du lac de Constance, &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Coregonus&quot;&gt;Coregonus&lt;/a&gt; gutturosus&lt;/em&gt;, appelé &lt;em&gt;Kilch&lt;/em&gt; en allemand. Ses œufs, déposés dans les profondeurs, ne parvenaient plus à se développer sans oxygène, ce qui a conduit à l’extinction complète de l’espèce dans les années 70.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais il reste quand même une bonne nouvelle : &lt;em&gt;C. gutturosus&lt;/em&gt; est toujours parmi nous, en quelque sorte. Pas que dans nos cœurs, non, mais aussi dans le matériel génétique d’autres espèces du genre corégone&lt;sup id=&quot;fnref:vonlanthen&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:vonlanthen&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, par exemple chez &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Coregonus#Esp%C3%A8ces&quot;&gt;&lt;em&gt;C. macrophthalmus&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, une espèce certes menacée.. mais qui survit !&lt;/p&gt;

&lt;div class=&quot;img-with-text&quot; style=&quot;float:right&quot;&gt;
	&lt;a href=&quot;https://seewandel.org/en/p4-eng/&quot;&gt;
  &lt;img src=&quot;/images/Bodensee_Felchenarten_Foto_Oliver_Selz_Uni_Bern__Eawag.jpg&quot; alt=&quot;Corégones&quot; width=&quot;330&quot; title=&quot;Les Corégones du lac de Constance&quot; /&gt;
  &lt;/a&gt;
  &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;
    &lt;span class=&quot;legende&quot;&gt;
      Les lavarets (corégones) du lac de Constance.
      &lt;br /&gt; (A) &lt;i&gt;C. arenicolus&lt;/i&gt; (B) &lt;i&gt;C. macrophthalmus&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; 
      (C) Le défunt &lt;i&gt;C. gutturosus&lt;/i&gt;. † &lt;b&gt;RIP&lt;/b&gt; (D) &lt;i&gt;C. wartmanni&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
      &lt;i&gt;(Image: projet de recherche Seewandel)&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;
  &lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;p&gt;L’extinction du &lt;em&gt;kilch&lt;/em&gt; ne s’est, en effet, pas faite que par le biais d’un déclin démographique de sa population, mais aussi par un processus appelé &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Introgression&quot;&gt;introgression&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; par hybridation avec une espèce apparentée. Ce qui s’est passé, c’est que &lt;em&gt;C. gutturosus&lt;/em&gt; s’est mis à se reproduire avec &lt;em&gt;C. macrophtalmus&lt;/em&gt;, ce qui a engendré des &lt;em&gt;hybrides&lt;/em&gt; des deux espèces. Ces hybrides se sont ensuite reproduits avec des individus des deux espèces parentes, mais moins avec &lt;em&gt;gutturosus&lt;/em&gt;, puisque sa population était en déclin. De génération en génération, cela a mené à l’enrichissement de l’ADN de &lt;em&gt;macrophtalmus&lt;/em&gt; avec l’ADN de &lt;em&gt;gutturosus&lt;/em&gt;, et d’un point de vue évolutif à une &lt;em&gt;déspéciation&lt;/em&gt; (le processus inverse de l’&lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Sp%C3%A9ciation&quot;&gt;apparition d’une espèce&lt;/a&gt;) de &lt;em&gt;gutturosus&lt;/em&gt; &lt;sup id=&quot;fnref:rhymer&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:rhymer&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La déspéciation pose problème en ce qu’elle participe à une tendance plus globale de perte de la (bio)diversité au sein d’écosystèmes dégradés par l’homme &lt;sup id=&quot;fnref:rosenzweig&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:rosenzweig&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Et cette tendance est très largement observable lors du processus d’eutrophisation, pas uniquement pour le cas des lavarets, mais aussi pour les communautés de plancton, pour ne citer que ça &lt;sup id=&quot;fnref:barnett&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:barnett&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;,&lt;sup id=&quot;fnref:wang&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:wang&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;5&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Et le truc, c’est que la perte de biodiversité c’est mauvais. Mais cela n’a rien d’évident, alors j’y reviendrai une autre fois.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a name=&quot;retournement&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retournement du lac&lt;/strong&gt;. Donc, l’oxygène ça peut être important pour ne pas mourir, voire s’éteindre à l’échelle de l’espèce. L’oxygène dans un lac provenant principalement de l’air et de l’activité photosynthétique des algues, il se concentre surtout en surface. Plus on va profond, plus on s’éloigne de la surface et moins il y a de lumière, donc moins de photosynthèse (rappelez-vous, les algues ça mange la lumière !), donc moins d’oxygène.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors, déjà, on voit que plus un lac est profond, plus l’oxygène arrive difficilement dans le fond. Mais en plus, on a un obstacle supplémentaire, qu’est la différence de température entre la surface d’un lac et ses abîmes. En effet, à partir d’une certaine profondeur, on observe une stratification de la température des eaux d’un lac en saison chaude : la surface est à la température de l’air (20 °C par exemple), tandis que les eaux profondes sont à 4°C (car l’eau est la plus dense à 4°C). Il n’y a pas de brassage entre les couches de température différente et donc pas d’échanges gazeux, et pas de transfert d’oxygène de la surface vers les couches plus profondes. Cependant, en hiver, il arrive que la température de l’air soit suffisamment basse pour que la température de la surface du lac atteigne elle aussi les 4°C. Et alors, il n’y a plus de couches différentes, tout se retrouve à la même température et peut à nouveau se mélanger ! Dans ces conditions, c’est la teuf : l’eau circule dans toutes les profondeurs du lac, il y a un brassage, les nutriments peuvent être échangés et l’oxygène amené tout au fond. #&lt;em&gt;retournement&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est donc ainsi, par le retournement, que l’oxygène arrive dans les profondeurs (max. 250m) du lac de Constance.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec le réchauffement climatique, les températures moyennes autour du lac augmentent. À Constance, la tendance moyenne montre une augmentation des températures moyennes annuelles de presque &lt;a href=&quot;https://www.meteoblue.com/en/climate-change/konstanz_germany_2885679&quot;&gt;2°C en 4 décennies&lt;/a&gt; (!). Et les épisodes d’hivers trop doux pour un retournement complet du lac se multiplient: le dernier datant de l’hiver 2017/2018 (on croise les doigts pour l’hiver 2022/2023). Alors si cette mode des températures qui augmentent se poursuit, ben… vous voyez le tableau. Et comme c’est une tendance générale des lacs en milieux tempérés, ça ne présage rien de bon pour les petites bêtes qui vivent dans les profondeurs &lt;sup id=&quot;fnref:lake-oxygen&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:lake-oxygen&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;6&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a name=&quot;reoligotrophisation&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;div class=&quot;img-with-text&quot; style=&quot;float:right&quot;&gt;
&lt;img src=&quot;https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/33/1PhosphoreBodensee.jpg&quot; alt=&quot;Concentration de phosphore dans la partie sup. du lac de Constance, par Lax, CC BY-SA 3.0&quot; width=&quot;350&quot; title=&quot;Concentration de phosphore dans la partie sup. du lac de Constance&quot; /&gt;
&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;
&lt;span class=&quot;legende&quot;&gt;Évolution de la concentration de phosphore&lt;br /&gt; dans la partie supérieure du lac de Constance&lt;br /&gt; &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Lac_de_Constance#/media/Fichier:1PhosphoreBodensee.jpg&quot; style=&quot;color: #D67A00&quot;&gt;&lt;i&gt;Lax, CC BY-SA 3.0&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Branle-bas de combat !&lt;/strong&gt; De retour à nos eaux usées. De la merde dans un lac dont on essaye de développer l’attrait touristique, c’est pas fameux. Alors (mais ce lien de causalité, ce n’est que mon interprétation !), en 1959, a été créé une &lt;a href=&quot;https://www.igkb.org/start/&quot;&gt;commission internationale&lt;/a&gt; regroupant les 3 pays limitrophes du lac, plus le Liechtenstein qui fait partie du bassin versant. Sa responsabilité serait de surveiller la qualité de l’eau du lac et mettre en place des mesures d’assainissement. En 1963 est tombé le diagnostic : le coupable était bien le phosphore, il faudrait donc tout mettre en œuvre pour réduire la quantité de phosphore rejetée dans le lac &lt;sup id=&quot;fnref:schindler&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:schindler&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;7&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Dans les années 1970, pendant que le kilch agonisait, des milliards ont été débloqués pour installer des stations d’épuration sur le pourtour du lac, limité la quantité de phosphates autorisés dans les lessives et encouragé des pratiques d’élevage plus extensives dans le bassin versant, afin de limiter la quantité de nitrates et de phosphates rejetés par unité de surface.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les efforts — et les milliards investis (5,4 milliards de $ US&lt;sup id=&quot;fnref:baer&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:baer&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;8&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;) — ont porté leurs fruits. Après avoir atteint son maximum au début des années 80, le temps que le lac se décharge par le Rhin dans la mer du Nord, la concentration de phosphore s’est mise à baisser graduellement pour atteindre son &lt;a href=&quot;https://www.igkb.org/fileadmin/user_upload/dokumente/aktuelles/Faktenblaetter/2018-10-18_IGKB_Faktenblatt_Phosphor.pdf&quot;&gt;niveau de pré-eutrophisation en 2007&lt;/a&gt;. Le lac s’est re-oligotrophié  &lt;sup id=&quot;fnref:stich&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:stich&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;9&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors, &lt;strong&gt;quand on veut on peut&lt;/strong&gt; ? Oui mais…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Gérer les conséquences négatives d’un événement de pollution relativement localisé (un bassin versant d’environ 100x100 km) peut s’avérer faisable. Mais il s’agissait, &lt;em&gt;in fine&lt;/em&gt; de gérer &lt;em&gt;une seule&lt;/em&gt; variable — le taux de phosphore. Les dégradations environnementales qu’on occasionne sont souvent multifactorielles et de fait plus complexes à “gérer”. Il faut souligner également, que le retour à l’état trophique “originel” a mis du temps: une quarantaine d’années entre les premières mesures et le retour à la normale. Et cet interlude d’eutrophisation a impacté l’écosystème de façon irréversible, pour ne citer que l’extinction du kilch. Enfin, on remarquera que cet épisode a été étudié en prenant le système “lac de Constance” comme isolé du reste du monde : sans considérer les effets du déchargement de nutriments du lac sur son aval le Rhin, sur le delta Rhin-Meuse-Escaut aux Pays-Bas et sur la mer du Nord, chacun étant un écosystème particulier qui réagit différemment à ce genre de perturbation (oh l’euphémisme ! ).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors, quand il s’agit d’un bassin versant de 100 km de côté ça donne ça… mais imaginez un truc qui est des dizaines de milliers de fois plus grand, du genre la Terre !&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;/images/bodensee/cygne-obersee.JPG&quot; width=&quot;100%&quot; title=&quot;Le cygne et le paddleur. Lac supérieur avec vue sur les Alpes (fév. 2022)&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;div class=&quot;footnotes&quot; role=&quot;doc-endnotes&quot;&gt;
  &lt;ol&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:vonlanthen&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;P. Vonlanthen et al. &lt;a href=&quot;https://doi.org/10.1038/nature10824&quot;&gt;Eutrophication causes speciation reversal in whitefish adaptive radiations&lt;/a&gt;. 2012. &lt;a href=&quot;#fnref:vonlanthen&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:rhymer&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;Review on introgressive hybridization, with focus on introduced species: J.M. Rhymer and D. Simberloff. &lt;a href=&quot;https://doi.org/10.1146/annurev.ecolsys.27.1.83&quot;&gt;Extinction by hybridization and introgression&lt;/a&gt;. 1996. &lt;a href=&quot;#fnref:rhymer&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:rosenzweig&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;M.L. Rosenzweig. &lt;a href=&quot;https://doi.org/10.1073/pnas.101092798&quot;&gt;Loss of speciation rate will impoverish future diversity&lt;/a&gt;. 2001. &lt;a href=&quot;#fnref:rosenzweig&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:barnett&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;A. Barnett &amp;amp; B.E. Beisner. &lt;a href=&quot;https://doi.org/10.1890/06-1056.1&quot;&gt;Zooplankton biodiversity and lake trophic state: explanations invoking resource abundance and distribution.&lt;/a&gt; 2007. &lt;a href=&quot;#fnref:barnett&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:wang&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;H. Wang et al. &lt;a href=&quot;https://doi.org/10.1016/j.envint.2021.106494&quot;&gt;Eutrophication causes invertebrate biodiversity loss and decreases cross-taxon  congruence across anthropogenically-disturbed lakes&lt;/a&gt;. 2021. &lt;a href=&quot;#fnref:wang&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:lake-oxygen&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;S. Fane et al. &lt;a href=&quot;https://doi.org/10.1038/s41586-021-03550-y&quot;&gt;Widespread deoxygenation of temperate lakes&lt;/a&gt;. 2019. &lt;a href=&quot;#fnref:lake-oxygen&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:schindler&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;D.W. Schindler. &lt;a href=&quot;https://doi.org/10.1098/rspb.2012.1032&quot;&gt;The dilemma of controlling cultural eutrophication of lakes&lt;/a&gt;. 2012. &lt;a href=&quot;#fnref:schindler&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:baer&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.Baer et al.&lt;/strong&gt; Managing Upper Lake Constance fishery in a multi-sector policy landscape: Beneficiary and victim of a century of anthropogenic trophic change. Chap. 3 de &lt;a href=&quot;http://toobigtoignore.net/research-highlights-1/e-book-inter-sectoral-governance-of-inland-fisheries/&quot;&gt;Inter-sectoral governance of inland fisheries&lt;/a&gt;. 2017. &lt;a href=&quot;#fnref:baer&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:stich&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;H.B. Stich &amp;amp; A. Brinker. &lt;a href=&quot;https://doi.org/10.1111/j.1365-2486.2009.02005.x&quot;&gt;Oligotrophication outweighs effects of global warming in a large, deep, stratified lake ecosystem&lt;/a&gt;. 2010. &lt;a href=&quot;#fnref:stich&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
  &lt;/ol&gt;
&lt;/div&gt;</content><author><name>Sophia Karpenko</name></author><category term="ecology" /><category term="bodensee" /><category term="lac" /><category term="constance" /><category term="eutrophisation" /><summary type="html"></summary></entry><entry xml:lang="en"><title type="html">Little ecological stories from lake Constance part I</title><link href="/bodensee-eutrophication/" rel="alternate" type="text/html" title="Little ecological stories from lake Constance part I" /><published>2023-01-31T12:12:00+01:00</published><updated>2023-01-31T12:12:00+01:00</updated><id>/bodensee-eutrophication</id><content type="html" xml:base="/bodensee-eutrophication/">&lt;h2 id=&quot;1960s-anthropogenic-eutrophication-of-lake-constance&quot;&gt;1960s anthropogenic eutrophication of lake Constance&lt;/h2&gt;

&lt;font color=&quot;#00b07c&quot;&gt;&lt;b&gt;Or the massive man-made pollution of one of the cleanest lakes of Europe&lt;/b&gt; &lt;br /&gt;&lt;small&gt;(but apparently, &lt;a href=&quot;https://en.wikipedia.org/wiki/Eutrophication#Extent_of_the_problem&quot;&gt;that&apos;s normal&lt;/a&gt;).&lt;/small&gt;&lt;/font&gt;

&lt;h3 id=&quot;lake-what&quot;&gt;Lake what?&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;It’s the far South of Germany, on the border with Switzerland and Austria that lies one of the biggest European lakes &lt;small&gt;(to settle on the question of who has the biggest one: “Lake Constance is the &lt;a href=&quot;https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_largest_lakes_of_Europe&quot;&gt;third largest&lt;/a&gt; freshwater lake by surface area in Central and Western Europe (and the second largest in volume), after Lake Geneva and (in surface area) Lake Balaton”, &lt;em&gt;source: &lt;a href=&quot;https://en.wikipedia.org/wiki/Lake_Constance#Description&quot;&gt;wikipedia&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;)&lt;/small&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;div class=&quot;img-with-text&quot; style=&quot;float:right&quot;&gt;
&lt;img src=&quot;/images/Einzugsgebietskarte_bodensee_723x1024.jpg&quot; alt=&quot;Lake Constance catchment area&quot; width=&quot;300&quot; title=&quot;Lake Constance catchment area&quot; /&gt;
&lt;p&gt;
&lt;font size=&quot;2&quot; color=&quot;#D67A00&quot;&gt;Lake Constance catchment area (11 000 km²).&lt;/font&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;p&gt;It was carved out by the Rhine glacier during the last ice age (&lt;a href=&quot;https://en.wikipedia.org/wiki/W%C3%BCrm_glaciation&quot;&gt;Würm glaciation&lt;/a&gt;), which ended about 10 000 years ago, starting the Holocene geological epoch. This also corresponds (+/- several thousand years…) to the Neolithic period, which has left some vestiges on the lake’s banks in the form of remains of &lt;a href=&quot;https://en.wikipedia.org/wiki/Stilt_house&quot;&gt;pile dwellings&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;The name &lt;em&gt;Lake Constance&lt;/em&gt; derived from &lt;em&gt;Lacus Constantinus&lt;/em&gt; given during the Council of Constance (XV century), an alternative name given to the &lt;em&gt;Bodensee&lt;/em&gt; (“Bodmansee” = the lake by Bodman, the latter being a small locality in the North-West of the upper lake, that used to have a larger influence in the Middle Ages).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://ourworldindata.org/grapher/population?time=1100..latest&amp;amp;country=DEU%7EEurope%7EEuropean+Union+%2827%29&quot;&gt;Like in most of Europe&lt;/a&gt;, the human lake population grew massively in the XIX and XX century (&lt;a href=&quot;https://de.wikipedia.org/wiki/de:konstanz?uselang=en#Bev%C3%B6lkerungsentwicklung&quot;&gt;Constance went from a stable over centuries 5000 inhabitants in 1800 to over 75 000 in 2000&lt;/a&gt;), the lake region underwent a heavy intensification of agricultural activity, urbanization and artificialization of its catchment. This was not without consequences for the lacustrine ecosystem.&lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;cultural-eutrophication&quot;&gt;“Cultural” eutrophication&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;In the second half of the XX century, the lake suffered a great episode of pollution, making it shift from an &lt;a href=&quot;https://en.wikipedia.org/wiki/Trophic_state_index#Oligotrophic&quot;&gt;&lt;em&gt;oligotrophic&lt;/em&gt; state&lt;/a&gt; - characteristic of perialpine lakes, with a low biological productivity, resulting in clear waters - to a &lt;a href=&quot;https://en.wikipedia.org/wiki/Trophic_state_index#Eutrophic&quot;&gt;&lt;em&gt;eutrophic&lt;/em&gt; state&lt;/a&gt;, with an increased biological productivity, which manifested through a proliferation of phytoplankton, i.e. green and opaque waters. The &lt;a href=&quot;https://en.wikipedia.org/wiki/Trophic_state_index#&quot;&gt;trophic state of a lake&lt;/a&gt; is mainly determined by the nutrient availability, namely nitrogen and phosphorus, which tend to be limiting resources in standing water bodies.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Increase in nutrient availability causing algal proliferation.&lt;/strong&gt; In the case we’re examining, the phosphorus concentrations in the Constance lake waters &lt;a href=&quot;https://www.igkb.org/fileadmin/user_upload/dokumente/aktuelles/Faktenblaetter/2018-10-18_IGKB_Faktenblatt_Phosphor.pdf&quot;&gt;were multiplied by 10 between the 1950s and the late 1970s&lt;/a&gt;. This was due to the increase of the amount of waste waters that were dumped into the lake and the runoff of fertilizers, the use of which exploded after WWII - from agricultural activity in the catchment zone. Feces, detergents (back then) and fertilizers being pumped up with &lt;strong&gt;phosphorus&lt;/strong&gt;. The situation became completely.. shitty in the 70s, as authorities had to restrict access to some beaches during high season, due to a high risk of spread of waterborne diseases: cholera and poliomyelitis.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ecological implications of eutrophication.&lt;/strong&gt; From an ecological perspective, one could think that if there’s a lot of algae, that would mean more food for fish or mollusks… But it’s more complicated. Rapid algal proliferation (algal blooms) on the water surface reduces light penetration into the deeper parts of the lake and can prevent other photosynthetic organisms (other algae!) from eating the sunlight. So they die, and eventually the algal bloom dies as well, and they all sink to the bottom of the lake, where they are decomposed by microorganisms. But microorganisms use up a lot of oxygen when they do that, and so the more they have to process, the less oxygen available there is at the bottom of the lake for other organisms that need it for respiration.. and so they die. And this creates hypoxic zones, to a larger scale &lt;a href=&quot;https://en.wikipedia.org/wiki/Dead_zone_(ecology)&quot;&gt;dead zones&lt;/a&gt;, where &lt;em&gt;nothing can live&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;div class=&quot;img-with-text&quot; style=&quot;float:right&quot;&gt;
	&lt;a href=&quot;https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=7502779&quot;&gt;
  &lt;img src=&quot;https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/60/Kilch.jpg&quot; alt=&quot;RIP&quot; width=&quot;300&quot; title=&quot;Bodensee-Kilch&quot; /&gt;
  &lt;/a&gt;
  &lt;p&gt;
    &lt;font size=&quot;2&quot; color=&quot;#D67A00&quot;&gt;The late Kilch, Coregonus &lt;i&gt;gutturosus.&lt;/i&gt; RIP.&lt;/font&gt;
  &lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;p&gt;At least one (emblematic) species suffered fatally from the hypoxic conditions at the lake bottom: Lake Constance whitefish, &lt;a href=&quot;https://en.wikipedia.org/wiki/Coregonus_gutturosus&quot;&gt;Coregonus &lt;em&gt;gutturosus&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; aka the Bodensee-Kilch. Its eggs could not develop with reduced amounts of oxygen, which led to the complete extinction of the species probably in the 70s. But C. &lt;em&gt;gutturosus&lt;/em&gt; is still here, somewhere, with us, not only in our hearts, but also in the genetic material of other species of the Coregonus genus, like for example C. &lt;em&gt;macrophthalmus&lt;/em&gt;, aka the Gangfish &lt;sup id=&quot;fnref:vonlanthen&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:vonlanthen&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Indeed, the extinction of the Kilch did not solely happen through a demographic decline of the population, but also through a process called “introgressive hybridization” with closely related species. What happened is that C. &lt;em&gt;gutturosus&lt;/em&gt; started to reproduce with C. &lt;em&gt;macrophtalmus&lt;/em&gt;, which created hybrids of these two species. These hybrids would then reproduce with both species, but less with &lt;em&gt;gutturosus&lt;/em&gt;, since its population was declining. Over generations, this led to an enrichment of &lt;em&gt;macrophtalmus&lt;/em&gt;’s DNA with the DNA of &lt;em&gt;gutturosus&lt;/em&gt; and a &lt;strong&gt;speciation reversal&lt;/strong&gt; of &lt;em&gt;gutturosus&lt;/em&gt; &lt;sup id=&quot;fnref:rhymer&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:rhymer&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Loss of speciation (the process opposite to the appearance of a new species) is problematic in that it can participate in a general trend of (bio-)diversity loss through human-triggered ecosystem degradations &lt;sup id=&quot;fnref:rosenzweig&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:rosenzweig&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. And this trend is generally seen during the processes of eutrophication, not only for whitefish but also for plankton communities &lt;sup id=&quot;fnref:barnett&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:barnett&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; &lt;sup id=&quot;fnref:wang&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:wang&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;5&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. And biodiversity loss is bad. But it’s not trivial so this I’ll discuss another time.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lake turnover.&lt;/strong&gt; So oxygen is important not to become extinct. And in deep lakes, like lake Constance (250 m !), oxygen availability at the bottom is a major issue. And the way oxygen usually gets to the bottom (because since it’s at the bottom, there’s no light, so no photosynthesis, so no oxygen) is through &lt;a href=&quot;https://en.wikipedia.org/wiki/Lake_ecosystem#Temperature&quot;&gt;lake turnovers&lt;/a&gt;. Deep lakes have a temperature stratification during warm seasons: the surface water temperature is that of the air (20 °C for example), while the deepest waters are at 4 °C (this is due to the fact that water is the densest at 4 °C). There is no mixing between water layers at different temperatures, thus no exchange of oxygen from the upper layers (where there’s photosynthesis) to lower layers. But in winter seasons, it happens (unless it’s global warming) that the air temperature reaches at least 4 °C for a sustained period of time. In that case, the surface water level also cools down to 4 °C, so there’s no more layers, everyone is the same and can mix again! So in these conditions the water circulates through all depths of the lake, nutrients can be exchanged, and oxygen can be brought to the deepest parts of the lake. That’s the &lt;strong&gt;turnover&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;With global warming, average temperatures at the Bodensee are rising as well. In Constance, the current average trend shows an &lt;a href=&quot;https://www.meteoblue.com/en/climate-change/konstanz_germany_2885679&quot;&gt;increase of mean yearly temperatures of almost &lt;strong&gt;2 °C in 4 decades&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (!). Episodes of &lt;a href=&quot;https://www.lubw.baden-wuerttemberg.de/-/bodensee-winter-war-fur-eine-durchmischung-nicht-kalt-genug&quot;&gt;winters too mild for a complete turnover are recurrent&lt;/a&gt;, last complete turnover going back to 2017/2018 (I am writing this during winter 2022/2023, so 🤞!). And with rising temperatures, well.. you get the picture.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Action stations!&lt;/strong&gt; Shitty waters in a place that is developing its lakeside mass tourism is not super profitable. So (well, that’s my interpretation) an &lt;a href=&quot;https://www.igkb.org/start/&quot;&gt;international commission&lt;/a&gt; was created in 1959. Its responsibility, from then on, would be to monitor the water quality of the lake. In 1963 came the irrevocable diagnosis: phosphates were indeed the culprits, so we’d have to reduce the input of phosphorus into the lake &lt;sup id=&quot;fnref:schindler&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:schindler&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;6&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. In the 70s (while the Constance Lake whitefish was agonizing), sewage treatment plants were created, limits on phosphates contained in detergents set and incentives to extensify agriculture in the catchment area put in place, to reduce the amount of phosphate and nitrate dumped per unit of surface.&lt;/p&gt;

&lt;div class=&quot;img-with-text&quot; style=&quot;float:none&quot;&gt;
&lt;img src=&quot;https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/26/Bodensee_Phosphorkonzentration_1951-2005.svg&quot; alt=&quot;Phosphorus concentration in the upper part of lake Constance, By Lax, CC BY-SA 3.0&quot; width=&quot;400&quot; title=&quot;Phosphorus concentration in the upper part of lake Constance&quot; /&gt;
&lt;p&gt;
&lt;font size=&quot;2&quot; color=&quot;#D67A00&quot;&gt;Phosphorus concentration in the upper part of lake Constance &lt;br /&gt; &lt;a href=&quot; https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=15921715&quot; style=&quot;color: #D67A00&quot;&gt;&lt;i&gt;by Lax, CC BY-SA 3.0&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/font&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;p&gt;The efforts - &lt;em&gt;and the billions invested&lt;/em&gt; - paid eventually. After its peak value in the early 80s, phosphorus concentrations started decreasing slowly and finally &lt;a href=&quot;https://www.igkb.org/fileadmin/user_upload/dokumente/aktuelles/Faktenblaetter/2018-10-18_IGKB_Faktenblatt_Phosphor.pdf&quot;&gt;reached their pre-eutrophication levels in 2007&lt;/a&gt;. The lake (re-)oligotrophied &lt;sup id=&quot;fnref:stich&quot; role=&quot;doc-noteref&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#fn:stich&quot; class=&quot;footnote&quot;&gt;7&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Which goes to show that where there’s a will there’s a way…&lt;/strong&gt; but it has to be already too late.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;While managing adverse effects of a rather local pollution event (catchment area of about 100 km x 100 km) turned up to be doable, the time between the onset of drastic measures and a complete recovery of the original &lt;em&gt;trophic state&lt;/em&gt; was long: at least 20 years. Imagine how long it might take for a thing of  (46 000 times bigger!) 510 000 000 square km.&lt;/p&gt;

&lt;hr /&gt;

&lt;div class=&quot;footnotes&quot; role=&quot;doc-endnotes&quot;&gt;
  &lt;ol&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:vonlanthen&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;P. Vonlanthen et al. &lt;a href=&quot;https://doi.org/10.1038/nature10824&quot;&gt;Eutrophication causes speciation reversal in whitefish adaptive radiations&lt;/a&gt;. 2012. &lt;a href=&quot;#fnref:vonlanthen&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:rhymer&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;Review on introgressive hybridization, with focus on introduced species: J.M. Rhymer and D. Simberloff. &lt;a href=&quot;https://doi.org/10.1146/annurev.ecolsys.27.1.83&quot;&gt;&lt;em&gt;Extinction by hybridization and introgression&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. 1996. &lt;a href=&quot;#fnref:rhymer&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:rosenzweig&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;M.L. Rosenzweig. &lt;a href=&quot;https://doi.org/10.1073/pnas.101092798&quot;&gt;&lt;em&gt;Loss of speciation rate will impoverish future diversity&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. 2001. &lt;a href=&quot;#fnref:rosenzweig&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:barnett&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;A. Barnett &amp;amp; B.E. Beisner. &lt;a href=&quot;https://doi.org/10.1890/06-1056.1&quot;&gt;&lt;em&gt;Zooplankton biodiversity and lake trophic state: explanations invoking resource abundance and distribution.&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; 2007 &lt;a href=&quot;#fnref:barnett&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:wang&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;H. Wang et al. &lt;a href=&quot;https://doi.org/10.1016/j.envint.2021.106494&quot;&gt;&lt;em&gt;Eutrophication causes invertebrate biodiversity loss and decreases cross-taxon  congruence across anthropogenically-disturbed lakes&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. 2021. &lt;a href=&quot;#fnref:wang&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:schindler&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;D.W. Schindler. &lt;a href=&quot;https://doi.org/10.1098/rspb.2012.1032&quot;&gt;The dilemma of controlling cultural eutrophication of lakes&lt;/a&gt;. 2012. &lt;a href=&quot;#fnref:schindler&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
    &lt;li id=&quot;fn:stich&quot; role=&quot;doc-endnote&quot;&gt;
      &lt;p&gt;H.B. Stich &amp;amp; A. Brinker. &lt;a href=&quot;https://doi.org/10.1111/j.1365-2486.2009.02005.x&quot;&gt;&lt;em&gt;Oligotrophication outweighs effects of global warming in a large, deep, stratified lake ecosystem&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. 2010. &lt;a href=&quot;#fnref:stich&quot; class=&quot;reversefootnote&quot; role=&quot;doc-backlink&quot;&gt;&amp;#8617;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
    &lt;/li&gt;
  &lt;/ol&gt;
&lt;/div&gt;</content><author><name>Sophia Karpenko</name></author><category term="en" /><category term="ecology" /><category term="bodensee" /><category term="lake" /><category term="constance" /><category term="anthropogenic" /><category term="cultural" /><category term="eutrophication" /><summary type="html">1960s anthropogenic eutrophication of lake Constance</summary></entry><entry xml:lang="fr"><title type="html">Les meufs vénères</title><link href="/les-meufs-veneres/" rel="alternate" type="text/html" title="Les meufs vénères" /><published>2020-04-12T22:15:08+02:00</published><updated>2020-04-12T22:15:08+02:00</updated><id>/les-meufs-venere</id><content type="html" xml:base="/les-meufs-veneres/">&lt;p&gt;Update: 9 months later, Jan 12, 2021&lt;/p&gt;

&lt;h1 id=&quot;ou-de-la-légitimité-de-la-colère-des-femmes&quot;&gt;Ou de la légitimité de la colère des femmes&lt;/h1&gt;

&lt;hr /&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Notes développées suite à la lecture de &lt;a href=&quot;https://www.editions-zones.fr/lyber?sorcieres&quot;&gt;Sorcières&lt;/a&gt; de Mona Chollet, &lt;a href=&quot;https://www.editions-zones.fr/lyber?sorcieres&quot;&gt;en libre accès sur le site de l’éditeur&lt;/a&gt;.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Y sont ajoutées des idées d’une lecture ancienne du &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Deuxi%C3%A8me_Sexe&quot;&gt;Deuxième Sexe&lt;/a&gt; de Simone de Beauvoir, complétées par quelques autres références, citées directement dans le texte.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;hr /&gt;

&lt;div class=&quot;img-with-text&quot; style=&quot;float:right&quot;&gt;
&lt;img src=&quot;/images/sorciere.jpg&quot; alt=&quot;Baba Yaga&quot; width=&quot;200&quot; title=&quot;Baba Yaga&quot; /&gt;
	&lt;p&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Baba Yaga. &lt;br /&gt; 
		&lt;i&gt;Illustration &lt;a href=&quot;http://www.fairyroom.ru/?p=12443&quot;&gt;Boris Zabirokhine&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;p&gt;Il s’agit ici d’un petit texte visant à contextualiser les luttes féministes actuelles dans les pays occidentaux (plus particulièrement en Europe et en France pour l’histoire récente, sauf mention du contraire). Les contextualiser à travers l’Histoire (sans remonter au-delà du Moyen Âge), dans la réalité qu’ont vécu les femmes d’un point de vue social, politique, individuel.. pour en arriver à comprendre ce que nous, les femmes en particulier, vivons aujourd’hui.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La critique vise non pas des individus (même si des comportements individuels peuvent être et sont problématiques), mais les institutions existantes qui légitiment et perpétuent une domination (patriarcale, sexiste, machiste…) sur les femmes. Et s’il faut encore le rappeler : le féminisme n’est pas une guerre contre les hommes, mais un combat &lt;em&gt;pour&lt;/em&gt; leurs privilèges et &lt;em&gt;contre&lt;/em&gt; leur domination, pour une &lt;em&gt;égalité dans la liberté et non dans l’oppression&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;table-des-contents&quot;&gt;Table des contents&lt;/h3&gt;

&lt;ul&gt;
  &lt;li&gt;
    &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;#domination&quot;&gt; Une certaine domination ou une domination certaine &lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

    &lt;ul&gt;
      &lt;li&gt;&lt;a href=&quot;#piso&quot;&gt; Dans les sphères politique et sociale &lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
      &lt;li&gt;&lt;a href=&quot;#prifa&quot;&gt; Dans les sphères privée et familiale &lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
      &lt;li&gt;&lt;a href=&quot;#interface&quot;&gt; À l’interface &lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
      &lt;li&gt;&lt;a href=&quot;#representations&quot;&gt; Représentations&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
      &lt;li&gt;&lt;a href=&quot;#interiorisation&quot;&gt;Et de l’interiorisation&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;
    &lt;/ul&gt;
  &lt;/li&gt;
  &lt;li&gt;
    &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;#emancipation&quot;&gt; Des volontés d’émancipation &lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

    &lt;ul&gt;
      &lt;li&gt;&lt;a href=&quot;#parole&quot;&gt; De l’importance de donner la parole &lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
      &lt;li&gt;&lt;a href=&quot;#mouvsoc&quot;&gt; Un mouvement social comme les autres ? &lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
      &lt;li&gt;&lt;a href=&quot;#antifem&quot;&gt; L’antiféminisme malgré tout &lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
      &lt;li&gt;&lt;a href=&quot;#revolte&quot;&gt; Et de la révolte ? &lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
      &lt;li&gt;&lt;a href=&quot;#content&quot;&gt; Pourquoi on peut s’en réjouir ☺&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/li&gt;
    &lt;/ul&gt;
  &lt;/li&gt;
  &lt;li&gt;
    &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;#refs&quot;&gt; &lt;em&gt;Références supplémentaires&lt;/em&gt; &lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
  &lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;

&lt;hr /&gt;

&lt;p&gt;&lt;a name=&quot;domination&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;une-certaine-domination-ou-une-domination-certaine&quot;&gt;Une certaine domination ou une domination certaine&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Dans les paragraphes suivants, je vais beaucoup parler d’un certain Système. Système, ce n’est pas un individu, c’est un ensemble composé d’individus qui interagissent entre eux. En l’occurrence ce Système est plutôt culturel et social et, dans sa forme actuelle, est le fruit de siècles, voire de millénaires d’histoire, de &lt;em&gt;traditions&lt;/em&gt; comme on aime dire, qui pèsent sacrément sur nos esprits, donc sur la façon dont on vit, dont on conçoit la vie, dont on se conçoit soi-même et dont on conçoit les autres.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En ce qui concerne les femmes, Système n’aura pas été particulièrement clément. Il a même été sacrément oppressif, intrusif, répressif, censeur, dominateur, exploiteur… plutôt méchant, quoi. C’est ce rapport de Système aux femmes que j’essaierai d’illustrer dans les paragraphes suivants: au fil du temps et dans tous les domaines de la vie des femmes. Et Système est sacrément puissant et difficile à changer, parce qu’il est dans, et a façonné nos têtes - nos têtes de femmes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a name=&quot;piso&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;dans-les-sphères-politique-et-sociale&quot;&gt;Dans les sphères politique et sociale&lt;/h3&gt;

&lt;h4 id=&quot;au-moyen-âge&quot;&gt;Au Moyen Âge&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Femmes_au_Moyen_%C3%82ge&quot;&gt;L’Histoire de la femme aux Vᵉ-XVᵉ siècles&lt;/a&gt; est assez floue, mais quelques études en dressent le contour suivant :&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si la plupart des femmes au Moyen Âge sont mariées, sous la tutelle de leur mari (sinon sous la tutelle d’une famille), il semblerait qu’elles jouissent quand même de certaines formes d’autonomie. Elles sont (peu, mais quand même) représentées dans la vie politique, militaire (les chevaleresses), religieuse (les abbesses dans les couvents avaient un pouvoir égal à celui des abbés), scientifique (dans les couvents encore), artistique (compositrices, écrivaines, trobairitz, trouveresses..), etc. Dans la sphère familiale, elles sont certes souvent cantonnées aux travaux ménagers et à la maison, mais il arrive de tomber sur des éleveuses, artisanes, sages-femmes, médecins, guérisseuses, brasseuses, métallurgistes…   &lt;br /&gt;
En dehors du cadre de la famille traditionnelle, existent même des communautés qu’on appelle &lt;strong&gt;béguines&lt;/strong&gt;, composées surtout de femmes veuves vivant dans des maisons individuelles et cultivant ensemble des potagers ou jardins de plantes médicinales. Aline Kiener les met en scène dans son roman &lt;a href=&quot;https://www.lianalevi.fr/catalogue/la-nuit-des-beguines/&quot;&gt;&lt;em&gt;La nuit des béguines&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; 🧙‍♀️.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La situation d’une femme dépend cependant beaucoup de son statut social. Alors que la vie d’une paysanne n’a que peu d’importance, ce ne sera pas le cas des nobles. Même leurs virginités avaient des valeurs différentes fonction de leur statut.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
  &lt;p&gt;Par nature, la fille du chevalier est plus pure que celle du bas peuple. La paysanne, la bergère sont violées au détour d’un chemin par le clerc ou le noble sans que nul ne s’en offusque. Dans la littérature courtoise, le motif de viol de la pastourelle par le chevalier est un thème récurrent.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sophie Cassagnes-Brouquet&lt;/strong&gt;, &lt;em&gt;La vie des femmes au Moyen Âge&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;ul&gt;
  &lt;li&gt;Pour aller plus loin sur ce sujet particulier : une &lt;a href=&quot;https://www.seuil.com/ouvrage/histoire-du-viol-georges-vigarello/9782020403641&quot;&gt;Histoire du viol&lt;/a&gt; de Georges Vigarello.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;

&lt;p&gt;À la fin du Moyen Âge, l’autonomie de la femme devient sujet de flippe (oui, &lt;em&gt;à la fin du Moyen Âge&lt;/em&gt;… voire début de la Renaissance). Les béguines se font dézinguer – brûler souvent – ça sent le début des &lt;strong&gt;chasses aux sorcières&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
On assiste à la naissance du mythe de la sorcière, dont la propagation coïncide avec celle de l’imprimerie (1454) qui a entre autres permis une médiatisation importante (30 000 exemplaires) d’un charmant bouquin &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Malleus_Maleficarum&quot;&gt;Le Marteau de la sorcière (Malleus maleficarum)&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (1487) écrit par deux inquisiteurs alsacien et bâlois. La chasse aux sorcières, qui dans l’imaginaire collectif est un événement anecdotique si ce n’est rigolo, comme le souligne Mona Chollet, est de fait, un crime de masse perpétué contre une moitié de la population.&lt;/p&gt;

&lt;h4 id=&quot;à-la-renaissance&quot;&gt;À la Renaissance&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_femme#Renaissance&quot;&gt;Aux XVᵉ-XVIᵉ siècles&lt;/a&gt;, le droit des femmes recule : elles deviennent mineures et se font exclure de la vie politique et publique. Elles se font peu à peu virer de tous les corps de métiers dans lesquels elles étaient représentées (trop de concurrence, notamment dans l’artisanat) et sont reléguées aux travaux domestiques exclusivement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La chasse aux sorcières débute donc surtout à cette période, le XVᵉ siècle, et est perpétrée jusqu’à la fin du XVIIIᵉ avec un apogée des massacres vers 1560. Outre les meurtres, on invente tout un arsenal d’instruments de torture comme le &lt;a href=&quot;http://www.historyofmasks.net/famous-masks/scolds-bridle/&quot;&gt;scold’s bridle&lt;/a&gt; pour museler les femmes accusées de sorcellerie.. ou plutôt celles qui parlent trop.
Pour Françoise d’Eaubonne dans &lt;a href=&quot;https://booksofdante.wordpress.com/2013/07/13/le-sexocide-des-sorcieres/&quot;&gt;&lt;em&gt;Sexocide des sorcières&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, qui insiste sur la dimension féminicide des chasses, il s’agit du “déchaine[ment d’]un massacre par un raisonnement digne d’un aliéné” sans autre raison que la volonté d’éliminer les femmes “trop” libres.
Ce mythe a créé des vocations dans ce qui a été appelé &lt;em&gt;la démonologie&lt;/em&gt;. Le diable est, en effet, l’autorité des sorcières. Mais le diable n’était qu’une métaphore de leur autonomie. Car pour tout bon démonologue, une femme autonome est inconcevable : même les plus libres doivent bien être sous l’autorité d’une figure masculine, celle du diable 👹.&lt;/p&gt;

&lt;ul&gt;
  &lt;li&gt;Sur la tran­si­tion entre le féo­da­lisme et le capi­ta­lisme, et notamment la répartition des femmes dans les métiers au Moyen Âge lire &lt;a href=&quot;https://entremonde.net/caliban-et-la-sorciere&quot;&gt;Silvia Federici, Caliban et la sorcière&lt;/a&gt;.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;

&lt;h4 id=&quot;au-siècle-des-lumières&quot;&gt;Au siècle des Lumières&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Condition_f%C3%A9minine_au_si%C3%A8cle_des_Lumi%C3%A8res&quot;&gt;Au XVIIᵉ&lt;/a&gt;, les bourgeoises peuvent certes tenir des salons, et il existe quelques exceptions de femmes dans les sciences, les arts ou la politique (issues de classes privilégiées). Mais dans les milieux populaires, celles qui exercent des métiers sont servantes ou marchandes. Et c’est tout (j’exagère à peine).&lt;br /&gt;
D’ailleurs sur les femmes et la science à cette époque on peut lire :&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
  &lt;p&gt;« La recherche des vérités abstraites et spéculatives, des principes, des axiomes dans les sciences, tout ce qui tend à généraliser les idées n’est point du ressort des femmes, leurs études doivent se rapporter toutes à la pratique ; c’est à elles de faire l’application des principes que l’homme a trouvés, et c’est à elles de faire les observations qui mènent l’homme à l’établissement des principes »&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;👩‍🔬 ?&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rousseau&lt;/strong&gt;, &lt;em&gt;La Nouvelle Héloise&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;À cette époque, il y a certes encore des sages-femmes. Mais avec l’arrivée de chirurgiens-accoucheurs, la pratique de la chirurgie devient interdite aux femmes. Les femmes ne peuvent donc même plus aider d’autres femmes à donner naissance.&lt;/p&gt;

&lt;h4 id=&quot;sous-la-révolution-française&quot;&gt;Sous la Révolution française&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Sous la révolution, on peut résumer la situation ainsi : si elles ouvrent leur gueule (et ça arrive), les femmes sont bâillonnées, voire exécutées. On autorise le divorce, mais on leur interdit de se réunir entre elles. Malgré des initiatives comme la &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9claration_des_droits_de_la_femme_et_de_la_citoyenne&quot;&gt;Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne&lt;/a&gt; d’Olympe de Gouges en 1791, la révolution n’a que peu fait évoluer les choses dans le sens d’une émancipation pour les femmes estime Simone de Beauvoir.&lt;/p&gt;

&lt;h4 id=&quot;pendant-la-révolution-industrielle&quot;&gt;Pendant la Révolution industrielle&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Plus tard, avec la révolution industrielle, une nouvelle figure émerge : celle de l’ouvrière 👩‍🏭. On l’envoie vers les manufactures – textiles en premier lieu – “pour son agilité”, “sa patience” et “sa docilité”. Comme elle perçoit un salaire – un premier pas vers l’indépendance – les syndicalistes s’y opposent, pour raison de concurrence &lt;em&gt;déloyale&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;désorganisation du foyer&lt;/em&gt;. Proudhon (fameux anarchiste) et ses fidèles sont d’ailleurs attachés à une &lt;em&gt;répartition sexuée des rôles&lt;/em&gt; dans la société. &lt;br /&gt;
Les bourgeoises ne réclament rien, les ouvrières se mobilisent. Lors de la révolution de 1848, deux revendications sont portées : le droit au travail ainsi que le droit de vote, mais ne sont pas entendues.&lt;/p&gt;

&lt;ul&gt;
  &lt;li&gt;Jeanne-Marie Wailly, &lt;a href=&quot;https://www.cairn.info/revue-innovations-2004-2-page-131.html&quot;&gt;Les différentes phases du travail des femmes dans l’industrie &lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;

&lt;h4 id=&quot;au-xxᵉ-siècle&quot;&gt;au XXᵉ siècle&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Pendant les deux guerres mondiales on se rend compte que, merde, on a besoin de femmes dans les usines, vu que tous les hommes ont été envoyés, abattus et/ou estropiés au front. À la fin de la guerre, elles (certaines qu’on aura au passage tondu si elles ont été infidèles avec l’ennemi) sont renvoyées des usines chez elles pour “repeupler le pays”. En période de crise économique on évince donc à nouveau les femmes du monde du travail pour que les hommes ne soient pas soumis à une concurrence trop rude. Cette politique est appuyée par des lois discriminatoires, qui causent une baisse des salaires des femmes, et seraient à l’origine de l’inégalité salariale.&lt;br /&gt;
Ah, que je n’oublie pas : en 1944 les Françaises obtiennent quand même le droit de vote ! – youpi 🥳.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Deuxième moitié du 20ᵉ, en 1974, faisons un saut aux États-Unis : il y est impossible pour une femme de travailler dans les secteurs où les femmes ne sont pas représentées. “Sauvez un emploi, tuez une femme” voit-on affiché dans une usine de colorants (American Cyanamid) où travaille, et milite pour travailler, Betty Riggs (au passage, petite anecdote : elle se fait casser la gueule et brûler sa voiture par son mari).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, durant tous ces siècles, le statut de la femme a oscillé entre peu et pas d’autonomie d’un point de vue juridique et d’accès aux droits ;  les femmes se sont fait évincer de corps de métiers et/ou reléguées à des postes aux salaires très bas ; la femme a été soustraite à la vie politique et publique. Par les hommes. Les femmes n’ont donc que très peu laissé de traces dans l’Histoire. Elles ne l’ont d’ailleurs pas non-plus écrite.. et même si elles l’enseignent de plus en plus aujourd’hui, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=3rpge3SriTo&quot;&gt;parfois de façon militante&lt;/a&gt;, il reste un sacré filtre à outrepasser.&lt;/p&gt;

&lt;h4 id=&quot;et-aujourdhui-&quot;&gt;Et aujourd’hui ?&lt;/h4&gt;

&lt;blockquote&gt;
  &lt;p&gt;Aujourd’hui, en France, non seulement nombre de travailleuses sont à temps partiel (un tiers des femmes, contre 8 % des hommes) et n’ont donc pas d’indépendance financière – c’est-à-dire pas d’indépendance tout court –, mais elles sont cantonnées dans des professions liées à l’éducation, au soin des enfants et des personnes âgées, ou dans des fonctions d’assistance : « Près de la moitié des femmes (47 %) se concentre toujours dans une dizaine de métiers comme infirmière (87,7 % de femmes), aide à domicile ou assistante maternelle (97,7 %), agent d’entretien, secrétaire ou enseignante. [“Répartition femmes/hommes par métiers : l’étude de la Dares”, Secrétariat d’État en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes, 13 décembre 2013]»&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;em&gt;[Sorcières]&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;N’en déplaise à certain·e·s, c’est une situation qui, évidemment, n’a rien d’essentialiste : il n’y a de qualités ni de compétences qui seraient spécifiquement et &lt;em&gt;par essence&lt;/em&gt; féminines ou masculines. Simplement des qualités et des compétences rendues féminines par des constructions sociales et aujourd’hui imposées aux femmes.&lt;br /&gt;
Isabelle Collet en parle très bien dans &lt;a href=&quot;https://www.binge.audio/des-ordis-des-souris-et-des-hommes/&quot;&gt;un entretien dans l’émission &lt;em&gt;les couilles sur la table&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, avec l’exemple des métiers du numérique 👩‍💻.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si tant est qu’on accède aux mêmes postes, dans les mêmes entreprises que les hommes (peut-être pas les mêmes salaires quand même), alors on est confrontées au sexisme ordinaire qui court sur les lieux de travail (pas exclusivement, évidemment), dont on peut écouter quelques exemples dans ce &lt;em&gt;Podcast à soi&lt;/em&gt;, &lt;a href=&quot;https://www.arteradio.com/son/61659100/sexisme_ordinaire_en_milieu_tempere_1&quot;&gt;Sexisme ordinaire en milieu tempéré&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Outre le sexisme ordinaire que l’on rencontre à tout coin de rue, l’autre fléau qui ronge notre Système est une &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Culture_du_viol&quot;&gt;culture du viol&lt;/a&gt;, c’est-à-dire la tolérance sociale du viol. Elle s’illustre par des pirouettes malhonnêtes rendant la victime responsable : “elle l’a mérité”, “elle l’a voulu”, “elle a kiffé”, une négation du non-consentement.. ; par des tentatives de distinction entre vrai et faux viol ; par des obstacles à la dénonciation…  La culture du viol s’illustre également brillamment dans les sphères politiques et culturelles : en 2012 la figure la plus charismatique du PS était un violeur en bande organisée, en 2020 on sacre aux Césars un violeur qui a fui la justice et les pédophiles sous couvert de génie littéraire ont toujours pignon-sur-rue.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a name=&quot;prifa&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;dans-les-sphères-privée-et-familiale&quot;&gt;Dans les sphères privée et familiale&lt;/h3&gt;

&lt;h4 id=&quot;à-travers-les-âges&quot;&gt;À travers les âges…&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;La subordination de la femme à un membre de sa famille de sexe masculin à travers les âges n’est plus vraiment à démontrer. La femme a toujours été soit propriété, soit mineure, ou sous l’autorité ou la tutelle d’un mari, d’un père ou d’un frère. &lt;em&gt;Voir le 2ᵉ Sexe Tome I, pour l’évolution de cette situation au cours de l’Histoire.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
De toute façon le mari a le droit de faire ce qu’il veut du corps de sa femme, et le viol de la femme par son mari n’existe pas, ne peut pas exister (c’est comme les violences policières dans un État de droit).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un autre édifiant exemple des Lumières :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
  &lt;p&gt;« Ainsi toute l’éducation des femmes doit être relative aux hommes. Leur plaire, leur être utiles, se faire aimer et honorer d’eux, les élever jeunes, les soigner grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agréable et douce, voilà les devoirs des femmes dans tous les temps et ce qu’on doit leur apprendre dès leur enfance. » &lt;br /&gt;
Rousseau, &lt;em&gt;Emile ou de l’éducation&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Au tout début du XIXᵉ siècle, sous Napoléon, le code civil (1804) prévoit que : « le mari doit protection à la femme, la femme doit obéissance à son mari » et rétablit l’autorité du père.&lt;br /&gt;
Ce n’est qu’en 1970 que l’autorité parentale remplace la puissance paternelle.&lt;/p&gt;

&lt;h4 id=&quot;actuellement&quot;&gt;Actuellement&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Aujourd’hui, les violences conjugales sévissent dans l’intimité des foyers. Ce sont les vestiges de cette idée de &lt;em&gt;propriété&lt;/em&gt; que l’homme aurait sur le corps de la femme. Et ça arrive souvent parce que les femmes quittent ou ont l’intention de quitter leur partenaire : “l’État n’organise plus des exécutions publiques de prétendues sorcières, mais la peine de mort pour les femmes qui veulent être libres s’est en quelque sorte privatisée” (&lt;em&gt;Sorcières&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On peut également rentrer dans des éléments un peu plus anecdotiques mais révélateurs des mœurs et mentalités des siècles passés. Citons la répartition des tâches ménagères qui est toujours très inégale. Notons aussi, l’écart d’âge qu’on voit fréquemment au sein des couples hétérosexuels :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
  &lt;p&gt;« L’écart d’age dans les couples actuels représente &lt;a href=&quot;https://www.lesinrocks.com/2017/06/17/actualite/actualite/les-hommes-sont-ils-eux-aussi-victimes-dage-shaming/&quot;&gt;pour le sociologue Eric Macé&lt;/a&gt; la trace de l’époque “où la définition sociale des femmes se faisait par la conjugalité reproductive”, où l’homme en vieillissant “augmentait son pouvoir économique et social” tandis que la femme “perdait son capital corporel: la beauté et sa fécondité”. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;D’aucuns interprètent la recherche de jeunes compagnes par des hommes d’âge plus “mûr” (qui auront, souvent au préalable, quitté une femme du même âge qu’eux) comme la volonté de fuir sa propre vieillesse, mais surtout la recherche de domination qui est plus facile lorsque la compagne est jeune, peu expérimentée, et avec peu de recul sur ses relations. 👴🏻👧&lt;br /&gt;
D’ailleurs, l’expérience est considérée comme une qualité rassurante chez les hommes, un défaut inquiétant chez les femmes.&lt;/p&gt;

&lt;ul&gt;
  &lt;li&gt;
    &lt;p&gt;Pour aller plus loin : &lt;a href=&quot;https://journals.openedition.org/clio/12823&quot;&gt;Histoire des normes sexuelles : l’emprise de l’âge et du genre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
  &lt;/li&gt;
  &lt;li&gt;
    &lt;p&gt;Pour une vision sociale et plus psychanalytique du couple hétérosexuel : Liv Strömquist, &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Sentiments_du_prince_Charles&quot;&gt;Les sentiments du prince Charles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
  &lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;

&lt;p&gt;&lt;a name=&quot;interface&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;à-linterface&quot;&gt;À l’interface&lt;/h3&gt;

&lt;h4 id=&quot;maternité&quot;&gt;Maternité&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’accouchement&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
La maternité a longtemps été gérée entre femmes par les femmes, jusqu’à sa médicalisation vers le XVIIIᵉ siècle, où les sages-femmes ont été reléguées au statut d’infirmière assistant le docteur. Le coup de grâce a été donné au moment de l’invention du forceps (au XVIᵉ), classé comme instrument chirurgical et donc… interdit aux femmes (car elles n’avaient pas le droit de pratiquer la chirurgie). L’invention du spéculum au XIXᵉ par un médecin de l’Alabama (lui il pratiquait des expériences chirurgicales sur des esclaves sans anesthésie), finit d’entériner cette affaire. L’accouchement était devenu affaire (très sanglante) d’hommes. 
Aujourd’hui, l’accouchement se pratique avec une femme allongée sur le dos (la &lt;em&gt;pire&lt;/em&gt; position pour que le bébé puisse sortir, paraît-il…), les jambes écartées pour que le médecin (et quiconque passerait par là) puisse jeter un œil sur son intimité exposée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Car la médicalisation n’est pas toujours synonyme de progrès pour celles qui sont en demande de soins. Au XIXᵉ siècle sévissait la fièvre puerpérale avec une mortalité énorme chez les femmes qui accouchaient à l’hôpital (jusqu’à une femme sur quatre qui avait accouché à la maternité parisienne en hiver 1866). Et ce jusqu’au moment où un médecin comprit que ce n’était pas une bonne pratique que de disséquer un cadavre, puis aller faire accoucher une future maman sans se laver les mains (ses confrères en étaient d’ailleurs bien offusqués !).&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
  &lt;p&gt;« L’effondrement de la mortalité en couches entre 1945 et 1950 est le résultat de l’amélioration des conditions de vie, de l’hygiène et des progrès de la médecine en général, bien plus que de l’interventionnisme obstétrical au moment de l’accouchement. »&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marie-Hélène Lahaye&lt;/strong&gt;, &lt;em&gt;Accouchement : les femmes méritent mieux&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;[Sorcières]&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Être mère&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Au XIXᵉ siècle, des théories fallacieuses comme celle de la « conservation d’énergie », appliquées aux femmes enceintes tentaient de justifier l’exclusion de celles-ci de l’éducation supérieure :&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
  &lt;p&gt;« Les organes et les fonctions du corps humain étaient censés lutter pour s’approprier la quantité limitée d’énergie qui y circule. Dès lors, les femmes, dont l’existence avait pour but suprême la reproduction, devaient “conserver leur énergie en elles, autour de l’utérus”, expliquent Barbara Ehrenreich et Deirdre English. Enceintes, elles devaient rester allongées et éviter toute autre activité, en particulier intellectuelle : “Les médecins et les pédagogues ont rapidement conclu que l’éducation supérieure pouvait être dangereuse pour la santé des femmes. Une croissance cérébrale trop soutenue, avertissaient-ils, atrophierait l’utérus. Le développement du système reproducteur ne permettait tout simplement pas le développement de l’intelligence.” »&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Barbara EHRENREICH&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Deirdre ENGLISH&lt;/strong&gt;, &lt;em&gt;Fragiles ou contagieuses. Le pouvoir médical et le corps des femmes&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;[Sorcières]&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;C’est ainsi que la notion de sacrifice maternel a été mise au goût du jour. 🤱&lt;br /&gt;
Aujourd’hui, sacrifier sa carrière, sa profession, son être et soi dans la maternité pour se dévouer totalement à ses enfants est non-seulement fréquent, mais glorifié. Lorsqu’on s’y refuse on est accusée de mégère. Lorsque c’est la maternité qu’on ne souhaite pas, on est face à une incompréhension, des “t’inquiète, t’en auras envie quand tu trouveras la bonne personne”, voire des injonctions à se dépasser, car faire des enfants permet de se transcender en tant qu’individu. Et alors quand, le fait accompli, il s’agit d’émettre des doutes ou des regrets sur sa maternité, c’est carrément tabou.&lt;/p&gt;

&lt;ul&gt;
  &lt;li&gt;La question du choix réel d’avoir ou non un enfant est longuement discutée dans &lt;em&gt;Sorcière&lt;/em&gt; : &lt;a href=&quot;https://www.editions-zones.fr/lyber?sorcieres#chap-003&quot;&gt;Le désir de la stérilité. Pas d’enfant, une possibilité.&lt;/a&gt;.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;

&lt;p&gt;Et c’est sans aborder les grossesses forcées non désirées parfois issues de viols, qui peuvent aboutir à des situations de désespoir total pour les femmes qui en sont victimes. Un témoignage parmi d’autres :&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
  &lt;p&gt;Un collectif féministe français a recueilli en 2006 le témoignage d’une anonyme, vraisemblablement âgée, qui racontait avoir, par deux fois, accouché seule et étouffé le bébé. Elle s’était mariée à dix-huit ans et, à vingt et un ans, elle avait déjà trois enfants, avec lesquels elle était enfermée à la maison. « J’avais l’impression d’être un tiroir : toc, on met un enfant et, quand c’est vide, on en remet un autre, et voilà. » Lorsqu’elle essaie de se soustraire aux rapports sexuels, son mari la bat. « Je n’avais pas à avoir de désirs, j’avais tout ce que je pouvais désirer, paraît-il : je mangeais tous les jours, j’avais des enfants qui allaient à l’école. Il ne voulait pas savoir si j’avais d’autres espérances, c’était le moindre de ses soucis. » Elle essaie d’avorter par tous les moyens et y parvient neuf fois, mais cela ne marche pas toujours. « C’est une situation inhumaine mais, au moment où tu le fais, c’est ta seule solution. »&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;em&gt;Sorcières&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;ul&gt;
  &lt;li&gt;Sur les questions autour de la maternité, quelques témoignages dans ce &lt;em&gt;Podcast à soi&lt;/em&gt; : &lt;a href=&quot;https://www.arteradio.com/son/61659783/le_gynecologue_et_la_sorciere_6&quot;&gt;Le gynécologue et la sorcière&lt;/a&gt;.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;

&lt;h4 id=&quot;la-maitrise-de-son-corps&quot;&gt;La maitrise de son corps&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Dans les paragraphes précédents, c’est finalement de l’emprise des hommes sur le corps des femmes qu’il est question : du père sur la fille, du mari sur sa femme, du médecin sur sa patiente, en fait généralement de la société sur ses femmes. De ce fameux Système.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avoir la possibilité de maîtriser son corps, de choisir indépendamment de la volonté d’un mari ou d’un violeur – c’est la question centrale de la contraception et de l’IVG.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une guerre sans merci était menée contre la contraception et l’IVG depuis l’époque de la chasse aux sorcières, pendant et avant laquelle l’IVG se pratiquait plus ou moins clandestinement par des guérisseuses ou sages-femmes.&lt;br /&gt;
Au XXᵉ, autour des débats sur la contraception – entre hommes – les hommes avaient peur d’une “grève des ventres”. En 1920, la contraception est assimilée à l’avortement et donc à un crime. Ce n’est qu’en 1967 qu’elle est autorisée en France. Et l’IVG en 1975 avec la loi Veil.&lt;br /&gt;
À noter, que dès le début des années 60, refusant leur légalisation, la France encourageait pourtant la contraception et l’IVG ainsi que des stérilisations forcées dans les départements d’Outre-Mer… Deux poids deux mesures, donc.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et s’il leur faut faire une place dans le paysage actuel, les mouvements “pro-life”, c’est-à-dire anti-avortement, n’ont qu’un but : celui d’empêcher les femmes d’avoir la possibilité de maîtriser leur corps. Sans se soucier de leur bien-être ni de leur volonté : “Le natalisme est affaire de pouvoir, et non d’amour de l’humanité”,  &lt;em&gt;Sorcières&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;h4 id=&quot;la-médecine&quot;&gt;La médecine&lt;/h4&gt;

&lt;blockquote&gt;
  &lt;p&gt;La médecine semble bien avoir été la scène centrale sur laquelle s’est jouée la guerre de la science moderne contre les femmes.&lt;br /&gt;
La médecine telle que nous la connaissons s’est construite sur leur élimination physique : les chasses aux sorcières ont visé d’abord les guérisseuses[…]. S’appuyant sur l’expérience, celles-ci étaient bien plus compétentes que les médecins officiels, dont beaucoup étaient de piteux Diafoirus, mais qui profitèrent néanmoins de l’élimination de cette concurrence « déloyale » tout en s’appropriant nombre de leurs découvertes. Dès le XIIIᵉ siècle, cependant – soit bien avant le début des chasses aux sorcières –, avec l’apparition d’écoles de médecine dans les universités européennes, la profession médicale avait été interdite aux femmes. En 1322, Jacqueline Félicie de Almania, une noble florentine qui s’était installée à Paris, fut traînée devant les tribunaux par la faculté de la ville pour exercice illégal de la médecine. Six témoins affirmèrent qu’elle les avait guéris, et l’un d’eux déclara qu’elle « en savait plus dans l’art de la chirurgie et de la médecine que les plus grands médecins ou chirurgiens de Paris », mais cela ne fit qu’aggraver son cas, puisque, en tant que femme, elle n’était tout simplement pas censée exercer.&lt;br /&gt;
Le destin du recueil dit &lt;em&gt;Trotula&lt;/em&gt;, consacré aux maladies gynécologiques et baptisé ainsi en référence à Trota, une fameuse soignante de Salerne, montre bien le processus d’effacement des femmes non seulement dans la pratique, mais aussi dans la constitution de la littérature médicale. Assemblé à la fin du XIIᵉ siècle, le &lt;em&gt;Trotula&lt;/em&gt; connaît diverses tribulations et finit par atterrir en 1566 entre les mains d’un éditeur allemand qui l’intègre à un ensemble plus vaste, le &lt;em&gt;Gynaeciorum libri&lt;/em&gt;. Mettant en doute l’identité de Trota, il l’attribue à un médecin nommé Eros. « De la sorte, la liste des auteurs grecs, latins et arabes rassemblés dans le Gynaeciorum accuse une remarquable homogénéité : ce sont tous des hommes discourant sur le corps féminin et s’affichant comme les vrais détenteurs du savoir gynécologique », conclut Dominique Brancher. Aux États-Unis, où la profession médicale est encore plus masculine qu’en Europe, l’éviction des femmes s’est produite plus tardivement, au XIXᵉ siècle. Le coup de force de l’homme (en) blanc issu de la classe moyenne suscita une résistance acharnée, notamment à travers le Mouvement populaire pour la santé, mais il fut finalement victorieux.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dominique Brancher&lt;/strong&gt;, &lt;em&gt;Équivoques de la pudeur. Fabrique d’une passion à la Renaissance&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Sorcières&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;On aura donc évincé les femmes du corps médical, et maintenant il s’agit de les soumettre (et pas uniquement elles) au corps médical :&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
  &lt;p&gt;Comme l’écrit Marie-Hélène Lahaye, brandir le spectre de la mort « est la meilleure arme pour dissuader les femmes d’aspirer au respect de leur corps et pour maintenir leur soumission au pouvoir médical ». À en croire Martin Winckler, c’est aussi la meilleure arme pour dissuader les étudiants en médecine de poser trop de questions sur les pratiques qu’on leur enseigne, en les terrorisant : « Si tu n’apprends pas les bons gestes, et si tu ne les fais pas comme on te les apprend, les patients mourront. » Souvent, la menace est très exagérée – en particulier s’agissant des femmes enceintes, qui ne sont pas malades. Mais soit : parfois, elle est bien réelle. Face à un médecin, on est toujours en position de faiblesse : parce qu’on souffre d’une affection plus ou moins grave, et éventuellement mortelle ; parce qu’il détient un savoir qu’on n’a pas et que si quelqu’un a le pouvoir de nous sauver, c’est lui ; parce qu’on est couché et qu’il est debout, comme disait Desproges. Mais cette situation de vulnérabilité devrait plaider pour qu’il fasse preuve d’un minimum d’égards, pas pour que le malade la boucle. Elle a d’ailleurs tendance à exacerber toutes les émotions : elle rend la maltraitance d’autant plus blessante, et elle suscite une gratitude éternelle quand on a affaire à un soignant qui se comporte avec empathie et délicatesse.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marie-Hélène LAHAYE&lt;/strong&gt;, &lt;em&gt;Accouchement : les femmes méritent mieux&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;M. Winckler&lt;/strong&gt;, &lt;em&gt;Les brutes en blanc&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Sorcières&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Il y a aussi ce biais médical qui fait que les symptômes des femmes sont minimisés, moins pris au sérieux que ceux des hommes :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
  &lt;p&gt;“À symptôme égal, une patiente qui se plaint d’oppression dans la poitrine se verra prescrire des anxiolytiques, alors qu’un homme sera orienté vers un cardiologue.”&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marie Campistron&lt;/strong&gt;, &lt;em&gt;« “Les stéréotypes de genre jouent sur l’attitude des médecins comme des patients” »&lt;/em&gt; 
&lt;em&gt;Sorcières&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;h4 id=&quot;et-au-delà&quot;&gt;Et au-delà&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Cette critique d’une froideur, d’un détachement médical (soi-disant nécessaire à l’exercice des soins) d’objectification du patient, est aussi celle d’une instrumentalisation de la rationalité pour en justifier. Cette critique peut s’inscrire dans celle, plus globale :&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
  &lt;p&gt;Une « réaction en chaîne » […] : la lente extension à toute la planète, à partir de l’Occident de la Renaissance, d’une logique marchande, froidement calculatrice, présentée à tort comme un sommet de rationalité.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-François BILLETER&lt;/strong&gt;, &lt;em&gt;Chine trois fois muette&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Sorcières&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Un monde où tout est mécanique, les animaux sont des automates, où le raisonnement est une simple suite d’opérations mathématiques, où tout est clair et objectif, et le corps est séparé de l’âme. Des concepts, en somme qui feront  d’après &lt;a href=&quot;https://entremonde.net/caliban-et-la-sorciere&quot;&gt;Silvia Federici&lt;/a&gt; l’«instrument adéquat à la régularité et aux automatismes requis par la discipline capitaliste».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En réaction à cette science exclusivement masculine et construite autour du masculin, à cette vision du monde froide, distanciée, d’une nature morte utilisée uniquement à des fins d’extraction de ressources, a surgi le courant &lt;a href=&quot;https://www.cairn.info/revue-multitudes-2017-2-page-29.htm&quot;&gt;écofeministe&lt;/a&gt;, qui combat la domination de la nature en “symbiose” avec le combat contre la domination de la femme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a name=&quot;representations&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;représentations&quot;&gt;Représentations&lt;/h3&gt;

&lt;h4 id=&quot;de-limportance-des-symboles&quot;&gt;De l’importance des symboles&lt;/h4&gt;

&lt;blockquote&gt;
  &lt;p&gt;Bien que nous vivions dans des sociétés largement sécularisées, et bien que nombre de femmes et d’hommes ne croient plus en Dieu, explique l’écrivaine écoféministe Carol P. Christ, les religions patriarcales ont façonné notre culture, nos valeurs et nos représentations, et nous restons imprégnés d’un modèle d’autorité masculin qui en est directement issu : « La raison de la persistance effective des symboles religieux réside dans le fait que l’esprit a horreur du vide. Les systèmes symboliques ne peuvent pas simplement être rejetés ; ils doivent être remplacés. »&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Carol P. Christ&lt;/strong&gt;, &lt;em&gt;Pourquoi les femmes ont besoin de la déesse : réflexions phénoménologiques, psychologiques et politiques&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Sorcières&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Au-delà des symboles religieux ou spirituels, ce sont simplement les symboles qui peuplent notre imaginaire, et qui sont largement influencés par des représentations héritées de l’Histoire et actuelles, notamment de la femme, qui façonnent notre vision qu’on a de celle-ci.&lt;/p&gt;

&lt;h4 id=&quot;linacceptable-laideur-féminine&quot;&gt;L’inacceptable laideur féminine&lt;/h4&gt;

&lt;blockquote&gt;
  &lt;p&gt;“Toute femme devrait être accablée de honte à la pensée qu’elle est femme.” (Clément d’Alexandrie). Déjà chez Aristote, et bien avant les Pères de l’Église, la femme est matière sans qualité aucune, la qualité restant à l’évidence le propre de l’homme. Tel est le paradoxe du “beau sexe” : source du péché, sa plaisante apparence ne peut que dissimuler un être répugnant. Plus tard, sa beauté enfin reconnue, la femme se voit sommée de s’épanouir dans le mariage et dans la maternité. Haro donc sur les célibataires, les bas-bleus, les féministes, les inverties et autres déviantes de la société, qui ne sont que disgrâce et souvent même monstruosité ! De nos jours, enfin, disposant d’un vaste attirail cosmétique, la voici inexorablement soumise à la tyrannie de la séduction permanente. Insupportable, inexcusable, véritable aberration sociale, la laideur féminine révèle crûment négligence, manque de volonté, pire, secrète pathologie. S’appuyant tout à la fois sur l’histoire, l’anthropologie, la littérature et la peinture, Claudine Sagaert, par cette contribution essentielle à l’histoire des genres, nous permet de mieux comprendre dans quel carcan le corps de la femme a été enfermé durant des siècles, carcan dont elle doit, aujourd’hui comme hier, toujours se libérer…&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Claudine Sagaert&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Résumé de l’&lt;em&gt;Histoire de la laideur féminine&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Si ce ne sont pas toutes les femmes qui sont laides, ce sont donc les célibataires, les rebelles, celles qui ouvrent un peu trop leur gueule : “Toutes les insoumises sont laides” résume David Lebreton dans la préface à l’&lt;em&gt;Histoire de la laideur féminine&lt;/em&gt;. Mais aussi docile soit-elle, toute femme vieille est laide : le corps d’une vieille femme inspire dégoût et effroi.&lt;/p&gt;

&lt;ul&gt;
  &lt;li&gt;Un article là-dessus : Juliette Rennes, &lt;a href=&quot;https://www.monde-diplomatique.fr/2016/12/RENNES/56899&quot;&gt;Vieillir au féminin&lt;/a&gt; 👵&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;

&lt;p&gt;Cette “laideur naturelle” ne peut être atténuée que par le moyen de mille artifices, en tendant vers des canons de beauté totalement déshumanisants : tantôt flasque, tantôt blanche comme un cadavre (au 19ᵉ, on leur faisait bouffer de l’arsenic pour avoir un teint bien livide – exemple de l’&lt;a href=&quot;http://thequackdoctor.com/index.php/dr-mackenzies-improved-harmless-arsenic-complexion-wafers/&quot;&gt;&lt;em&gt;Arsenic Complexion Wafer&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;), tantôt squelettique, prude ou vulgaire, dévoilant un max de peau avec l’interdiction formelle d’y laisser un seul poil.&lt;br /&gt;
Outre les complexes, il n’est pas étonnant de voir toute une panoplie de troubles se développer, surtout chez les adolescentes. Ils leur resteront une grande partie de leur vie, faute de pouvoir se conformer à un idéal irréaliste qui ne fait que casser et mutiler le corps dans la haine des corps.&lt;/p&gt;

&lt;h4 id=&quot;les-femmes-vues-par-les-hommes-les-hommes-vus-par-les-hommes&quot;&gt;Les femmes vues par les hommes, les hommes vus par les hommes&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Les représentations de la femme sont souvent réalisées par des hommes. Et on parle aujourd’hui dans certains cas de &lt;a href=&quot;https://antisexisme.net/2014/01/12/lobjectivation-sexuelle-des-femmes-un-puissant-outil-du-patriarcat-le-regard-masculin/&quot;&gt;&lt;em&gt;male gaze&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, le regard masculin cause d’objectivation sexuelle de la femme.&lt;/p&gt;

&lt;ul&gt;
  &lt;li&gt;&lt;em&gt;Les couilles sur la table&lt;/em&gt; : &lt;a href=&quot;https://www.binge.audio/male-gaze-ce-que-voient-les-hommes/&quot;&gt;male gaze, ce que voient les hommes&lt;/a&gt; vs &lt;a href=&quot;https://www.binge.audio/female-gaze-ce-que-vivent-les-femmes/&quot;&gt;female gaze, ce que vivent les femmes&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;

&lt;p&gt;Les femmes sont la chair, les hommes sont l’esprit. “Les hommes n’ont pas de corps” écrit &lt;strong&gt;Virginie Despentes&lt;/strong&gt; dans &lt;em&gt;King Kong théorie&lt;/em&gt;. Et en effet, on voit qu’ils peuvent, en comparaison aux femmes, bien souvent se soustraire de tout critique relative à leurs caractéristiques physiques. Ils inspirent beaucoup moins de dégoût dans la vieillesse. Ils ont le droit de vieillir, eux. Ils se bonifient même avec l’âge.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
  &lt;p&gt;Occuper une position dominante dans l’économie, la politique, les relations amoureuses et familiales, mais aussi dans la création artistique et littéraire, leur permet d’être des sujets absolus et de faire des femmes des objets absolus.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Simone de Beauvoir parle de l’Autre. La femme est la figure d’altérité de l’homme, un être relatif, relatif à l’absolu de l’homme, la négation. Elle consacre toute une partie aux Mythes, donc aux représentations qu’on pouvait faire de la femme. Je pose là le &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Deuxi%C3%A8me_Sexe#Chapitre_II&quot;&gt;résumé en florilège glorieux&lt;/a&gt; de pensées de 5 écrivains à 5 époques différentes (spoiler : à part Stendhal, c’est assez médiocre il semblerait).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour illustration, son analyse sur Claudel :&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
  &lt;p&gt;En un sens, il semblerait que la femme ne saurait être exaltée davantage. Mais au fond, Claudel ne fait qu’exprimer poétiquement la tradition catholique légèrement modernisée […]. Vénérant la femme en Dieu on la traitera en ce monde comme une servante : et même plus on exigera d’elle une soumission entière, plus sûrement on l’acheminera  sur la voie de son salut. […] L’homme donne son activité, la femme sa personne ; sanctifier cette hiérarchie au nom de la volonté divine, ce n’est en rien modifier, mais au contraire prétendre la figer dans son éternel.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Simone de Beauvoir&lt;/strong&gt;, &lt;em&gt;Le Deuxième Sexe&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;a name=&quot;interiorisation&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;et-de-lintériorisation&quot;&gt;Et de l’intériorisation&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Alors oui, je crois qu’on a fini par intérioriser une bonne partie des représentations véhiculées par ce Système.&lt;br /&gt;
On a intériorisé la place de la femme dans notre société avec ses compétences et ses métiers genrés et qui sont pour elle plus ou moins légitimes. On a intériorisé la bonne conduite sociale (ne sois pas trop bruyante). On a intériorisé la bonne conduite au sein du couple (sois serviable et ménagère). On a compris qu’il ne fallait pas trop ouvrir notre gueule, en dépit de ce qu’on ressent, face à des experts du corps de l’homme. Et on a pris l’habitude de ne pas être écoutées ni prises au sérieux. Alors oui, on reproduit les mêmes schémas, on se base sur les mêmes modèles que ceux qu’on a connus, on inculque l’oppression à nos sœurs, on accepte la soumission.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et quand on essaye d’en sortir, ou de se poser des questions, les réactions sont violentes. Rien que le fait de ne pas retirer ses poils de jambes ou d’aisselles déclenche des réactions du type “Ah c’est dégueulasse !” ou “C’est une insulte à la féminité !”. De la part d’hommes ET de femmes. Alors à quel genre de réaction doit-on s’attendre face à des problèmes plus importants que celui du poil ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un exemple parmi &lt;em&gt;tant d’autres&lt;/em&gt; (cité dans &lt;em&gt;Sorcières&lt;/em&gt;) est l’article &lt;a href=&quot;https://www.huffpost.com/entry/why-youre-not-married_b_822088&quot;&gt;Why you are not married&lt;/a&gt; ⚭, qui donne les raisons pour lesquelles une femme ne serait pas encore mariée, alors qu’elle le voudrait (vraiment ?) : “The problem is not men, it’s you”. La femme qui se poserait cette question passé la trentaine (quelle vieille peau), serait forcément soit trop en colère, superficielle, salope, menteuse et/ou égoïste. Au lieu de se pencher sur les tenants structurels des dysfonctionnements possibles au sein d’un couple hétérosexuel monogame, on réduit donc la tambouille et on la fait peser sur l’individu… de sexe féminin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’ailleurs, pour mettre en place des mesures répressives, anti-féministes, il n’y a rien de mieux que de laisser des femmes s’en charger, &lt;a href=&quot;https://www.theguardian.com/commentisfree/2017/mar/22/vladimir-allies-russias-iron-ladies-useful-anti-feminists&quot;&gt;comme le fait la teigne pâle qu’est le président russe&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a name=&quot;emancipation&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&quot;des-volontés-démancipation&quot;&gt;Des volontés d’émancipation&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Je ne vais pas faire une histoire des luttes féministes, ni &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%A9minisme&quot;&gt;du féminisme&lt;/a&gt;. Des initiatives pour une moindre oppression de la femme et pour plus d’égalité entre femmes et hommes, il y en a eu beaucoup au cours de l’Histoire. Mais toutes, qu’elles aient été revendicatives ou autonomes ont été matées (les béguines par exemple, pour leur “double refus d’obéissance, au prêtre et à l’époux”).&lt;br /&gt;
Nombre de personnes ont plaidé contre l’essentialisation de la condition de la femme, qui n’est due (de plus en plus d’études le montrent) qu’à une éducation et une socialisation genrées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’ailleurs, Stendhal, cité par Simone de Beauvoir écrivait déjà :&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
  &lt;p&gt;“Des pédants nous répètent depuis deux mille ans que les femmes ont l’esprit plus vif et les hommes plus de solidité ; que les femmes ont plus de délicatesse dans les idées et les hommes plus de force d’attention. Un badaud de Paris qui se promenait autrefois dans les jardins de Versailles concluait aussi de tout ce qu’il voyait que les arbres naissent taillés”&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Stendhal&lt;/strong&gt;, &lt;em&gt;De l’amour&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;(je disais bien qu’il s’en sortait pas si mal..)&lt;/p&gt;

&lt;ul&gt;
  &lt;li&gt;Et un &lt;em&gt;Podcast à soi&lt;/em&gt; : &lt;a href=&quot;https://www.arteradio.com/son/61660501/les_femmes_sont_elles_des_hommes_comme_les_autres_12&quot;&gt;Les femmes sont-elles des hommes comme les autres?&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;

&lt;p&gt;Le &lt;em&gt;statu quo&lt;/em&gt; actuel met en lumière l’importance de continuer la lutte ✊. Et certains événements récents montrent des manières inédites et précieuses de mener la lutte.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a name=&quot;parole&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;limportance-de-donner-la-parole&quot;&gt;L’importance de donner la parole&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Le combat féministe passe aussi par la parole. Il n’est pas uniquement question de laisser les femmes parler. Il est question d’une prise en compte de ce qu’elles vivent et ressentent. Il est question d’une création d’espaces d’expression – publics, sociaux, scientifiques, littéraires, cinématographiques, politiques, médiatiques… pas que des posts de blog ! –  afin que leur, notre parole soit &lt;em&gt;écoutée&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;entendue&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;comprise&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La prise de parole, qui est difficile, peut être libératrice. Ça a été illustré par le mouvement &lt;em&gt;#MeToo/#BalanceTonPorc&lt;/em&gt;, &lt;a href=&quot;https://www.slate.fr/story/152585/balance-ton-porc-chasse-lhomme-ou-chasse-aux-femmes&quot;&gt;qui n’a pas forcément été bien accueilli par le public masculin&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et en fait, quand on sacre un enfoiré comme Polanski à peine deux ans après un mouvement censé libérer la parole de femmes victimes de violences sexuelles et sexistes, on se dit qu’on se fout un peu de notre poire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Polanski, ce n’est pas qu’on veut le censurer, lui ou son oeuvre, je pense. C’est qu’on veut qu’on se pose la question du pourquoi. Pourquoi est-ce qu’un octogénère accusé de viol qui a une carrière accomplie, est glorifié lors d’une cérémonie des Césars ? Pourquoi c’est un type qui a fui la justice qui a tous les financements qu’il veut ? Pourquoi est-ce que c’est à lui qu’on donne la parole, lorsqu’il raconte à travers l’histoire de Dreyfus sa propre histoire de soi-disant persécution et lynchages ? Pourquoi on ne donnerait pas plus la parole à du sang neuf ? Plus de thunes aux jeunes talents ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Parce qu’en donnant la parole, en donnant du crédit, en donnant de l’argent on donne du pouvoir. Et ce pouvoir protège, légitime non seulement l’artiste, mais aussi l’homme. 🤴&lt;/p&gt;

&lt;ul&gt;
  &lt;li&gt;Là-dessus : &lt;a href=&quot;https://blogs.mediapart.fr/eric-fassin/blog/020320/polanski-lhomme-et-lartiste&quot;&gt;Eric Fassin, Séparer l’artiste de l’œuvre&lt;/a&gt; et tellement d’autres…&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Et en attendant que les choses changent, on se tape chaque année &lt;a href=&quot;https://www.monde-diplomatique.fr/2000/05/BRASSART/2292&quot;&gt;l’éternelle misogynie de Woody Allen&lt;/a&gt; sur les écrans.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a name=&quot;mouvsoc&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;un-mouvement-social-comme-les-autres-&quot;&gt;Un mouvement social comme les autres ?&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Les parallèles avec d’autres luttes sociales sont criants.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On l’ignore tant que cela ne nous concerne pas. Comme les violences policières qui se sont déplacées des banlieues, vers les gilets jaunes jusqu’aux manifestant·e·s contre la réforme des retraites (2019/2020). Maintenant taguer ACAB partout est devenu mainstream.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le féminisme se réapproprie les symboles qui avaient été utilisés pour opprimer, comme &lt;a href=&quot;https://www.monde-diplomatique.fr/2018/10/CHOLLET/59161&quot;&gt;celui de la sorcière&lt;/a&gt; qu’on transforme en étendard d’un féminisme contemporain.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme au sein de tous les mouvements, des points de vue divergent, entre féminisme libéral (une énième récupération du capitalisme), radical (anti-patriarcal), matérialiste (anti-patriarcal, par opposition à l’essentialisme : “On ne naît pas femme, on le devient” &lt;em&gt;Simone de Beauvoir&lt;/em&gt;)… Mais plus récemment deux grand courants s’opposent: le courant intersectionnel (antiraciste, anticapitaliste) et l’universaliste (toutes les femmes, quel que soit leur statut social, subiraient universellement une discrimination).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;%%%%%%%&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Concernant ces deux derniers, mon avis est que les universalistes ne sont que des : &lt;a href=&quot;https://www.arretsurimages.net/articles/femmes-afghanes-haro-sur-le-silence-feministe&quot;&gt;Arrêt sur images, le “silence” des intersecionnelles face à la prise de l’Afghanistan par les talibans&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;%%%%%%%&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un exemple récent était le cortège non-mixte (plutôt en mixité choisie) du 7 mars 2020 – &lt;a href=&quot;https://paris.demosphere.net/rv/79396&quot;&gt;dont voici l’appel&lt;/a&gt; ainsi que la &lt;a href=&quot;https://www.facebook.com/AFAPB/videos/809633426214468&quot;&gt;vidéo&lt;/a&gt;. Événement créé parce que &lt;a href=&quot;https://www.streetpress.com/sujet/1583768995-8-mars-rassemblement-feministes-intersectionnelles-radicales-manifestation-droit-femmes-journee&quot;&gt;nombreuses femmes ne se retrouvaient pas dans le féminisme de #NousToutes, jugé trop exclusif&lt;/a&gt;. Il y a déjà 4 ans &lt;a href=&quot;https://www.streetpress.com/sujet/1488962026-feminisme-blanc-bourgeois&quot;&gt;la situation était grosso merdo la même&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
Malgré les désaccords, c’est la diversité des pensées qui composent le mouvement qui crée sa richesse… j’imagine.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais comme de nombreuses luttes, celle-ci est d’encore plus longue haleine et fait face à une opposition d’un anti-féminisme virulent à celui juste chiant et ennuyeux qui &lt;a href=&quot;https://www.terrafemina.com/article/feminisme-petite-liste-des-arguments-contre-le-feminisme-et-comment-y-repondre_a348392/1&quot;&gt;rabâche les mêmes arguments over and over again&lt;/a&gt;. Donc même si de nombreuses choses ont été accomplies, on n’en verra sans doute pas l’aboutissement de si tôt.&lt;br /&gt;
Est-ce qu’on sait même comment se défaire de tout un système de domination ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a name=&quot;antifem&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;lantiféminisme-malgré-tout&quot;&gt;L’antiféminisme malgré tout&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;D’autant qu’un courant a l’encontre de la volonté d’émancipation des femmes et à l’encontre d’une volonté d’égalité entre femmes et hommes s’est également installé dans le paysage.&lt;br /&gt;
Il est représenté par un rejet du féminisme et de ses luttes, allant d’une opposition frontale, en passant par des affirmations du genre “ça y est, l’égalité est atteinte, faut arrêter de s’exciter, là” allant même jusqu’à dire qu’on se serait retrouvé·e·s dans une société dominée par les femmes et se traduit par &lt;a href=&quot;https://www.erudit.org/fr/revues/rf/2012-v25-n1-rf0153/1011118ar/&quot;&gt;une crise de la masculinité&lt;/a&gt;. (gros LOL)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une grosse tendance est celle de la décrédibilisation de mouvement, par exemple en disant qu’il ne s’agit que de femmes qui veulent mener une guerre contre les hommes. Mais elle est où cette guerre ? Genre.. comment ?&lt;br /&gt;
La guerre des hommes contre les femmes – oui. Elle est millénaire et réelle. Viols, insultes, harcèlements, violences, violences sexuelles (1/3 des femmes au cours de leur vie aujourd’hui), agressions, meurtres (au moins 151 féminicides en France en 2019) et j’en passe. Parce que ce sont des femmes.&lt;br /&gt;
Des meurtres de masse ont été perpétrés spécifiquement contre des femmes, dans l’histoire récente : la tuerie de l’école polytechnique de Montréal en 1989. L’auteur, dans sa lettre d’adieu, avait revendiqué cet attentat comme antiféministe parce “les féministes avaient ruiné [sa] vie”&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un exemple, la quintessence-même de l’antiféminisme dans les années 70 avec &lt;em&gt;La lettre ouverte aux bonnes femmes&lt;/em&gt; de Jean Lartéguy. On lit dans le résumé :&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
  &lt;p&gt;Les « bonnes femmes », celles qui prétendent libérer leur sexe de l’oppression masculine, les SGUM, les Women’s Libs, aux États-Unis, les M.L.F. en France, auxquelles viennent se joindre les « Lesbiennes Radicales », le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire, les W.I.T.C.H. « conspiration terroriste féminine internationale de l’enfer », etc., ne cherchent en vérité qu’à remplacer notre vieux système patriarcal, infiniment tolérant, qui ne survit que par l’habitude, par un matriarcat tout puissant et esclavagiste. Leur rêve, qu’elles déguisent dans une phraséologie pseudo-révolutionnaire : Asservir l’homme. Dans quel but ? Aucun ! Elles se disent le Tiers Monde opprimé alors qu’elles oppriment et détiennent la plus grande partie de la fortune du monde. Elles se disent esclaves : elles ne le sont que de la mode et de toutes les modes, intellectuelles ou autres qu’elles s’inventent. C’est cette gigantesque escroquerie — celle de la femme esclave — que vient dénoncer Lartéguy. En même temps qu’il pousse le premier cri de révolte de l’homme opprimé par l’impérialisme femelle.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Misogynie criante, incompréhension, refus et peur de l’égalité mélangé aux mythes de la sorcière et de la femme castratrice. C’est tout.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a name=&quot;revolte&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;et-de-la-révolte-&quot;&gt;Et de la révolte ?&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;Sorcières&lt;/em&gt;, une œuvre est régulièrement prise comme référence sur la question de la chasse aux sorcières, il s’agit de &lt;em&gt;La Sorcière et l’Occident&lt;/em&gt; de Guy Bechtel. Après une histoire bien documentée des horreurs et des massacres des “sorcières”, il arrive à la conclusion assez cynique suivante :&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
  &lt;p&gt;Il estime que cet épisode s’inscrivait dans le cadre d’une « révolution », et &lt;strong&gt;les révolutions, argue-t-il, « ne peuvent s’accomplir que par l’anéantissement des positions adverses et de ceux qui les soutiennent (ou dont on prétend qu’ils les soutiennent) »&lt;/strong&gt;. Il affirme : « Le mouvement qui a voulu tuer les sorcières, inconsciemment bien sûr, est aussi celui qui plus tard a fait naître et penser Montesquieu, Voltaire et Kant. » En somme, il donne sa bénédiction à la logique qu’il a lui-même résumée par cette formule : « Tuer les femmes anciennes pour fabriquer l’homme nouveau ». (…)&lt;br /&gt;
Un point de vue à comparer avec celui, très différent, de Barbara Ehrenreich et Deirdre English : elles évoquent non seulement les tragédies individuelles – les aspirations étouffées et l’élan brisé des victimes –, mais aussi tout ce dont la société s’est privée en les pourchassant, tout ce qu’elles ont été empêchées de développer et de transmettre. Elles parlent d’un « immense gaspillage de talent et de connaissance » et invitent « à regagner, ou au moins à pointer du doigt, ce qui a été perdu » 
&lt;em&gt;Sorcières&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;(j’ai été un peu sur le cul en lisant ça..)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’homme nouveau qui n’a su se frayer un chemin dans l’existence qu’en soumettant ses semblables et construire une Histoire à un seul sexe, je l’exècre, en fait. 
Le passage en gras, je l’utiliserais d’ailleurs volontiers pour le féminisme aujourd’hui : il faut une révolution, avec ce que ça implique d’anéantissement des positions adverses représentées par le patriarcat et de ceux qui le soutiennent. Mais ici il faudrait le voir de façon figurative : extrêmement rares sont celles qui songeraient à mener une chasse aux sorcières inversée.&lt;br /&gt;
Et le féminisme radical ce n’est “que” ça : la volonté de détruire le patriarcat, pas les hommes. Et c’est ce que signifie le slogan, en miroir d’ACAB, « Men are trash ».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Oui, des femmes veulent se rebeller, anéantir une vision de la féminité qui les objectifie et les installe dans un carcan qui les aliène. À l’instar des FEMEN : elles essayent d’inverser les codes de sexualisation de leurs corps en les érigeant en étendards politiques. 🪧&lt;br /&gt;
Certaines en ont raz-le-bol et estiment que maintenant la seule possibilité qui reste c’est de &lt;a href=&quot;https://www.liberation.fr/debats/2020/03/01/cesars-desormais-on-se-leve-et-on-se-barre_1780212&quot;&gt;se lever et se barrer&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
Certaines pensent et vivent également un monde, du moins des communautés, sans hommes. C’est un peu les idées de Virginie Despentes, et elle en parle je crois &lt;a href=&quot;https://www.binge.audio/virginie-despentes-meuf-king-kong/&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;. Mais est-ce exagéré de vouloir se soustraire (radicalement) à son oppresseur au vu de tout ce que certaines ont pu subir ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a name=&quot;content&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;et-pourquoi-on-peut-sen-réjouir&quot;&gt;Et pourquoi on peut s’en réjouir&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Je devrais avoir des scrupules à terminer un texte avec une citation de l’&lt;em&gt;Alpha Molester&lt;/em&gt;, le &lt;em&gt;Pig Donald&lt;/em&gt;, mais j’assume. Car pour mesurer l’étendue de l’ignorance sur un sujet, il n’y a pas mieux. Car il est de bonne pratique de prendre ce qu’il dit et de faire ou penser exactement le contraire :&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
  &lt;p&gt;I wouldn’t say I’m a feminist. 
I mean, I think that would be, maybe, going too far. 
I’m for women, I’m for men, I’m for everyone.”&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;En miroir de la réponse réac’ au mouvement #BlackLivesMatter, #AllLivesMatter (sans parler de #WhiteLivesMatter la version extrême-droite identitaire).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’exemple de #MeToo prouve que ce genre de poussées peuvent être libératrices pas uniquement pour les victimes, mais pour la société toute entière : &lt;a href=&quot;https://www.vox.com/identities/2019/10/4/20852639/me-too-movement-sexual-harassment-law-2019&quot;&gt;7 positive changes that have come from the #MeToo movement&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On peut continuer avec une &lt;a href=&quot;https://www.bloomingyou.fr/gagnent-hommes-feminisme/&quot;&gt;énumération de ce que les hommes gagneraient avec le féminisme&lt;/a&gt;. En somme, le féminisme pourrait être libérateur et émancipateur autant pour la femme que pour l’homme et permettrait carrément de rendre la planète plus verte ! (Wow !)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais pour plus de subtilité, il y a Victoire Tuaillon dans &lt;em&gt;Les couilles sur la table&lt;/em&gt; qui fait un énorme travail de décryptage de la société patriarcale et met en valeur ce que chacun·e aurait à gagner en en sortant. &lt;a href=&quot;https://www.binge.audio/ce-que-le-patriarcat-fait-a-lamour-in-english/&quot;&gt;Notamment dans l’amour&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;div class=&quot;img-with-text&quot;&gt;
&lt;img src=&quot;/images/vasilisa.jpg&quot; alt=&quot;Vasilisa Prekrasnaya&quot; style=&quot;float:center&quot; width=&quot;450&quot; title=&quot;Vassilissa&quot; /&gt;
    &lt;p&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Vassilissa-la-tr%C3%A8s-belle&quot;&gt;Vassilissa Prekrasnaya&lt;/a&gt; portant le crâne aux yeux ardents&lt;br /&gt; qui consumera ses oppresseuses. &lt;i&gt;Illustration &lt;a href=&quot;http://www.fairyroom.ru/?p=54619&quot;&gt;Alexander Koshkin&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;hr /&gt;

&lt;p&gt;C’était un survol très grossier et partial d’un historique et du contexte actuel du féminisme, qui tentait au final de répondre aux questions “pourquoi les meufs sont vénères ? Et vont-elles manger les hommes ?”, mais aussi de montrer qu’elles en ont bien le droit.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’ai, à coup sûr, oublié des éléments, et ne suis rentrée que peu dans les détails de certains thèmes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je n’ai pas parlé de l’humour sexiste (il faut pas en faire).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’ai peu parlé de l’éducation : du non-accès des filles à l’éducation et surtout l’éducation supérieure avant ; de l’éducation très genrée pendant la petite enfance aujourd’hui (il suffit de lire ou regarder quelques contes pour enfants) qui perpétue tous les stéréotypes sexistes et imprègne les gamins. C’est bien sûr cette dernière qu’il faut revoir pour pouvoir espérer des changements radicaux et durables dans nos esprits.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je n’ai pas non-plus écrit sur les “femmes fortes” d’aujourd’hui, &lt;a href=&quot;https://www.deuxiemepage.fr/2019/09/19/feminisme-pour-les-99-manifeste-chronique/&quot;&gt;étendards du capitalisme moderne&lt;/a&gt;, qui se fraient un chemin dans la hiérarchie du monde de l’entreprise, qui souvent doivent, pour y parvenir, être hyperqualifiées en comparaison à leurs collègues mecs, mais qui parfois aussi exacerbent des caractéristiques qu’on présente comme masculines (carriérisme, compétition, dureté…) afin de pouvoir se créer une place dans un monde très masculin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je n’ai pas parlé de la prostitution.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je n’ai pas parlé du traitement réservée aux femmes en psychiatrie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je n’ai pas…&lt;/p&gt;

&lt;hr /&gt;

&lt;p&gt;&lt;a name=&quot;refs&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;-références-supplémentaires-en-vrac-&quot;&gt;&lt;a href=&quot;/refs-meufs-veneres/&quot;&gt; Références supplémentaires en vrac &lt;/a&gt;&lt;/h3&gt;</content><author><name>Sophia Karpenko</name></author><category term="post" /><summary type="html">Update: 9 months later, Jan 12, 2021</summary></entry></feed>